Ca donne Quoi ? Alors que Koji a trahi les siens, sauvant ainsi la race humaine, cette dernière se montre fort peu reconnaissante, adoptant une loi qui permet d'éradiquer les mixbodies.
Sauvé in extremis par son père, il se retrouve face à face avec Vespero ; quand Bee va poutr tuer ce dernier une nouvelle météorite tombe sur terre, créant un autre tsunami encore plus catastrophique que le premier, et les êtres qui sortent de terre cette fois ci sont des créatures gigantesques qui se mettent à tout détruire sur leur passage.
Vous l'aurez compris à la lecture de ce succinct résumé, le dernier tome d'Epiphania emmène la trilogie de Debeurme vers des hauteurs inattendues, avec un mélange de fond et de forme épatant.
Pour asseoir son discours alarmiste ô combien d'actualité et terriblement factuel, l'auteur joue la carte des Kaiju, ces monstres géants qui ont fait le succès de maintes séries de films au Japon, il manie l'allégorie visuelle avec brio et égrène ses thématiques dans une histoire de SF post apocalyptique qui tient la dragée haute aux meilleures réalisations du genre.
LA MUSIQUE:
C'est quoi :DARK
C'est de qui ?Ben Frost
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Non
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Je dois vous avouer que, aussi intéressante qu'ait pu me paraître DARK, recommandée par pas mal de monde d'ailleurs ; la barrière de la langue en V.O m'a fait abandonner la série avant même la fin du premier épisode.
Je sais c'est aussi stupide que dommage, et je ne renonce pas à retenter le coup à l'occasion.
Néanmoins ce que j'ai pu noter d'emblée c'est l'étonnant travail sur la bande son, qui m'a poussé à m’intéresser au travail de Ben Frost.
Ses compositions s'inscrivent dans la lignée atmosphérico-électrique d'un Jóhann Jóhannsson, récemment disparu, qui a imposé le son de drone comme instrument des années 2010 (et qui aura probablement la même durée de vie que les synthé des années 80 mais passons).
Frost a la bonne idée de reprendre le principe et de le mélanger aux codes de la musique de film d'horreur, avec forces glissandis de cordes à la limite des dissonances, nappes de claviers qui mettent mal à l'aise et autre torture de violoncelles à base de retouches en post prod, le tout parfois heureusement nuancé par un piano solo minimaliste à souhait.
Un boulot assez remarquable au final, bien en phase j'ai trouvé avec cette conclusion épique de Epiphania.
Ca donne Quoi ? Chassés d’Iolcos suite à la mort du Roi (à laquelle notre héroïne n’est pas étrangère), Médée et Jason trouvent refuge à Corinthe.
Là, si son époux trouve grâce aux yeux du souverain en lui construisant une flotte révolutionnaire, Médée se sent, à nouveau, prisonnière des lois des hommes.
Les jumeaux auxquels elle va donner naissance lui ramèneront un peu de joie de vivre mais seront également la source de sa plus grande folie, de sa plus grande douleur.
Trahie à nouveau, la magicienne s’enfuit pour Athènes où hélas ses déboires ne sont pas terminés.
Dernier tome de la réhabilitation de cette figure mythologique on ne peut plus tragique, La Chair et le sang est particulièrement chargé d’émotion, de drame et de scènes fortes avec, fil conducteur en place depuis le début, un discours féministe certain mais subtil et bienvenu.
La passion et la furie indissociablement liées à l’histoire de Médée (que je me souviens avoir découvert, adolescent, dans la version baroque de Pasolini avec La Callas dans son seul rôle au cinéma, et quel rôle !) sont à nouveau bien rendues par le trait caractéristique de Nancy Pena, aussi à l’aise dans les expressions des visages que dans les décors bucolique ou maritimes.
Une série qui, à n’en pas douter, restera une référence du genre.
LA MUSIQUE:
C'est quoi : GOLIATH AND THE VAMPIRES
C'est de qui ?A. Lavagnino
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Oui.
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Plus encore que le western ou le giallo, le genre qui aura été le plus malmené par nos cousins transalpins est probablement le péplum.
Dans la foulée d’une poignée de titres décents, pléthore de suites plus farfelues les unes que les autres ont vu le jour, avec une qualité souvent faiblarde.
Ainsi Maciste, renommé indifféremment Goliath ou Hercules pour le public anglo saxon, a pu croiser sur grand écran des personnages aussi surréalistes que Gengis Khan, le Tzar de Russie ou encore…Zorro !
On ne s’étonnera pas outre mesure qu’il ait eu à faire à des vampires. Nonobstant le contexte du scénario, la musique de Lavagnino, qui après avoir commencé par Les Derniers Jours de Pompéi, écrira des dizaines de scores de péplum de seconde zone durant cette décennie, reste de qualité avec un juste équilibre entre thèmes romantico-héroiques lorgnant vers la musique classique à base de cordes douces, et pistes dédiées au suspense et à l’action où les cuivres occupent le devant de la scène.
Si parfois peut être un peu obsolète sur cette nouvelle version du mythe de Médée, la B.O du jour reste néanmoins dans une certaine mesure, dans le contexte de l’histoire.
Ca donne Quoi ? La sainte Russie, fin du XVIII° Siècle. Nikita Petrovich et son équipe de savants sont dans tous leurs états, en effet ils viennent de découvrir qu’un astéroïde va s’écraser en plein milieu de la Sibérie.
Ce qui ne semble pas émouvoir outre mesure la tsarine Catherine qui, devant l’insistance de notre scientifique, va décider de l’envoyer en personne prévenir la population habitant sur place. Voilà notre acariâtre cochon flanqué d’un élève aussi bête que maladroit imposé par un ami politique, sur les routes glacées du cœur de la Russie…ah, j’oubliais de préciser que la population menacée par la comète est un ramassis de brigands et autres coupe jarrets exilés là-bas en pénitence.
Le périple s’annonce des plus dangereux, peut-être même plus que la prétendue menace !
Il y a trois ans de ça Jean Paul Krassinsky nous avait régalé avec Le Crépuscule des Idiots, le revoilà en pleine forme pour cette fable satirique, animalière là encore, où il fait preuve d’un humour vif et d’une verve qui fait mouche.
Brocardant à nouveau la nature humaine via l’anthropomorphisme, à la manière des grands de la discipline, La Fontaine en tête, il choisit un background historique parfait où toute sa galerie de portraits plus grands que nature s’ébat et s’époumone à qui mieux-mieux.
L’autre grand atout de ce nouvel opus c’est bien entendu le dessin, mélange de réalisme old school dans la lignée d’un René Follet (avec des décors à l’aquarelle superbes) et de caricature disneyenne réussie ; le tout servant parfaitement le propos.
Bref, vous l’aurez compris, on tient là indubitablement l’une des réussites de cette rentrée BD !
LA MUSIQUE:
C'est quoi : LE ROI ET L’OISEAU
C'est de qui ?W. Kilar
La Couv':
Déjà entendu dans le coin? Oui
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? D’abord sorti sous une forme désavouée par ses créateurs (et sous le titre d’origine La Bergère et le Ramoneur, fidèle au conte dont il est tiré), Le Roi et L’Oiseau refait surface quelques décennies plus tard avec le succès –mérité- que l’on connaît. Myazaki avoua d’ailleurs que c’est le film qui lui donna envie de faire de l’animation).
Joseph Kosma, compositeur de la musique d’origine étant décédé quelques temps avant la reprise du projet, Paul Grimault fait finalement appel au polonais Wojciech Kilar ayant été fort impressionné par son travail sur un long métrage de Wajda quelques années auparavant.
Le compositeur polonais garde les chansons originales et développe d’autres idées proposées par Kosma tout en insufflant beaucoup de sa propre personnalité musicale dans la partition.
Ce score est atypique dans la carrière de Kilar car c’est l’un des seuls dont l’ambiance est souvent burlesque, joyeuse voire humoristique. A en faire clairement regretter que le reste de l’œuvre ait été aussi austère et mélancolique en général.
Ici l’influence oscille entre le cirque, la fanfare, et les danses et musiques folkloriques slaves pour un résultat enthousiasmant qui révèle encore plus le caractère pince sans rire du nouvel album de Krassinsky.
Hors-séries originaux = Le musée A. Desombres, Le mystère d'Urbicande, Encyclopédie des transports présentes et à venir, Arts et Métiers- direction Mairie des Lilas, Le Guide des Cités, L'étrange cas du Docteur Abraham, Autour des cités obscures
Fin de la saga de l'été avec des albums hors-série dont certaines parties ont été reprises dans les intégrales d'après le site de l'éditeur. Certains ont eu des tirages limités qui expliquent leurs raretés.
C'est quoi : LES CITES OBSCURES
C'est de qui ? François Schuiten (dessinateur) et Benoît Peeters (scénariste)
1 – LA MYSTERE D'URBICANDE (1985)
La Couv':
Ça donne Quoi ? Mille pardons mais je n'ai jamais eu cet album entre les mains.
Il a été tiré 1900 exemplaires et jamais réédité.
Si j'ai bien compris, quelques morceaux en ont été repris dans Le guide des cités sous le chapitre "urbicanologie".
2 – ENCYCLOPEDIE DES TRANSPORTS PASSES ET À VENIR (1988)
La Couv':
Ça donne Quoi ? Là encore, je n'ai jamais eu cet album entre les mains et j'ai rechigné à casser ma tirelire pour l'obtenir vu que sa côte oscille entre 400€ et 500€. Côte qui est sûrement dit à un tirage de 800 exemplaires (réservés aux membres du club À Suivre) et jamais réédité.
Il semblerait que certaines illustrations ont été reprises dans Le guide des cités (encore!).
3 – LE MUSEE A. DESOMBRES (1990)
La Couv':
Ça donne Quoi ? Plus qu'un album, c'est une coffret contenant un CD contenant une dramatique sonore et un livre carré qui n'est autre que le catalogue de la vente aux enchères de tout ce qui a pu être récupéré avant la destruction du musée de l'Aveyron (voir chronique 3).
La dramatique sonore raconte l'étrange rencontre qu'a faite le commissaire-priseur Vigoleis Koelber lors de sa visite au musée A. Desombres. Tout a commencé quand les enchères ont flambé pour un tableau et 4 dessins du peintre… inconnu à cette époque. Vigoleis Koelber décide d'aller voir le musée où il découvre les fresques lors de la visite obligatoirement guidée. Malgré l'interdiction, il photographie une fresque et se retrouve dans la maison de Mary von Rathen où vivent aussi Eugen Robick et Axel Wappendorf. Ce serait le flash de son appareil qui aurait ouvert le passage, mais ses ampoules sauf une ont été cassées. En photographiant Mary, il lui offre un passage vers notre monde mais il reste bloqué dans le monde obscur.
J'avoue que suivre une dramatique sonore est un peu difficile tellement nous sommes habitués à suivre des textes et des images, mais l'éclairage donné sur ls relations entre le peintre Augustin Desombres et le monde obscur mérite que l'on fasse un effort.
Le catalogue raisonné des œuvres et des biens ayant appartenu à Augustin Desombres (c'est le sous-titre du livre) est l'inventaire de ce qui va être proposé dans une vente aux enchères dirigée par le beau-père de Vigoleis Koebler, Arnold Büch. Il y a des photos en N&B du musée sur chaque page de droite. Photos qui montrent le délabrement du bâtiment.
Sur les pages de gauche, il y a l'inventaire classé en diverses catégories :
Tableaux et fresques : le cabinet Büch & Steiner a réussi à récupérer les immenses fresques pour les placer sur d'autres supports que les murs. Chaque œuvre a un numéro de catalogue et une valeur de mise à prix. Certaines œuvres sont montrées dans le catalogue et toutes sont décrites par un texte plus ou moins court.
Œuvres diverses : sous ce nom sont regroupés des sculptures et objets variés tel un buste d'Eugen Robick ou une mappemonde du monde obscur.
Œuvres et documents personnels : cela va du carnet de notes d'Augustin à l'acte de vente du domaine en passant par une série de livres rares (dont le fameux Urformen der Kunst de Karl Blossfeldt).
Lettres et papiers intimes : lettres écrites ou reçues par Augustin.
Certaines mises à prix sont exorbitantes : 1.450.000F pour la fresque "La découverte inattendue" en version diurne. La version nocturne ne démarre qu'à 1.250.000F. D'accord, ce sont des fresques de 500 x 1000 cm, mais le prix demandé est impressionnant. Ces 2 œuvres sont reproduites en pages de garde du catalogue. Je suppose que les prix étaient en francs belges et pas en francs suisses : 1.450.000FB = 39945€ ou 1.450.000FS = 1327359€ (1.450.000FF = 221050€). Le cabinet de commissaires-priseurs couvrant Amsterdam – Londres – Paris – Zürich.
Le catalogue est passionnant car c'est une mine graphique sur les cités obscures. D'ailleurs plusieurs tableaux sont reproduits dans Le guide des cités. La plupart des illustrations du catalogue proviennent de diverses publications en magazines ou affiches d'expositions ou couvertures de livres…
4 – ARTS ET METIERS – DIRECTION MAIRIE DES LILAS (1994)
La Couv':
Ça donne Quoi ? Cette fois encore, j'avoue mon ignorance concernant cet album tiré à seulement 1050 exemplaires numérotés et présentés dans une enveloppe avec cachet du CNAM.
La seule chose dont je suis sûre est que cette station du métro parisien est réputée être un lieu de passage.
5 – LE GUIDE DES CITES (1996)
La Couv':
Une planche:
Ça donne Quoi ? Le guide est un des hors-série des plus intéressants car il donne beaucoup de détails sur l'univers inventé par Peeters et Schuiten. Il se présente comme un guide des plus traditionnels en commençant par les généralités : les données géographiques avec quelques représentations graphiques plus ou moins partielles du monde obscur, la nature et les hommes (végétation, faune, quarxs, populations humaines), quelques notions d'histoire obscure avec une tentative de chronologie, la civilisation obscure (langues, religions, beaux-arts, littérature, sciences et techniques).
Puis viennent les renseignements pratiques pour organiser son voyage : les moyens d'accès avec quelques lieux de passage (re)connus, les modalités du séjour (les transports, la monnaie, le gîte, la table, les divertissements et spectacles, les journaux).
Viennent ensuite les chapitres concernant les grandes cités (par ordre alphabétique pour ne pas causer de problème de préséance) :
Alaxis
Armilia
Blosslefdstadt (ex Brentano)
Brüsel
Calvani
Mylos
Pâhry
Sodrovna-Voldachie (plus un pays selon nos critères terrestres qu'une cité)
Urbicande
Xhystos
Ensuite, un dossier présentant quelques personnages illustres est donné.
Un chapitre supplémentaire évoque des mondes proches de celui des cités : Taxandria, Les Terres Creuses, La planète Phoebus.
Enfin, que serait un guide sans bibliographie pour les lecteurs curieux?
Le guide des cités est un ouvrage indispensable quand on s'intéresse aux cités obscures, sinon pour préparer un voyage au moins pour mieux appréhender les aventures racontées dans les albums de la série et mieux comprendre les liens entre les deux mondes.
6 – L'ETRANGE CAS DU DOCTEUR ABRAHAM (2001)
La Couv':
Ça donne Quoi ? Cet album non destiné à la vente était offert pour l'achat de 2 albums de la série.
L'histoire du Docteur Abraham avait initialement pris place dans le numéro spécial de (à suivre) consacré au 10e anniversaire du Centre Georges Pompidou en 1987 (comme expliqué dans la préface de Jean-Jacques Aillagon, président du Centre George Pompidou en 2001).
Le docteur Abraham est un jeune médecin étranger venu à Pâhry suivre les cours du professeur Chocart. En proie à d'affreuses migraines, il déterre dans le sous-sol parisien de curieux tuyaux multicolores. Accusé d'espionnage, il est fusillé. Après sa mort, un bâtiment aux tubes multicolores surgit du sous-sol en remplaçant un des éléphants.
D'où vient le docteur Abraham? De Sodrovni peut-être puisque les 2 villes ont été longtemps en guerre. Cela expliquerait les remarques acerbes sur le jeune médecin genre "ceux de sa race"… Cela expliquerait aussi le fait qu'il ait du mal à parler français. Bien sûr, les cours du Professeur Chocart sont une réplique de ceux du professeur Charcot sur l'hystérie même si j'ai tendance à penser que sa patiente est une complice qui joue la comédie (elle le suit partout)!
7 – AUTOUR DES CITES OBSCURES (1994)
La Couv':
Une planche:
Ça donne Quoi ? À part le fait que c'est un ouvrage collectif sur le monde obscur auquel ont participé d'autres auteurs pour les textes, je n'en sais pas plus.
HS – VOYAGES EN UTOPIE (2000)
La Couv':
Ça donne Quoi ? Voyages en Utopie n'est pas un album de la série et même pas un album de BD.
C'est un livre qui rassemble les grandes réalisations de Peeters et Schuiten hors bande dessinée : expositions avec ou sans spectacles associés, scénographies, études variées d'architecture.
On y trouve entre autres :
La ville imaginaire "Cités-Cinés" Montréal
Le musée des Ombres : exposition qui a circulé en Europe
Voyage sous la Manche
Les inattendus de Maubeuge
Le Mundaneum de Mons
La Cenerentola (opéra de Rossini) – théâtre de la Monnaie de Bruxelles
Plus de nombreux projets non réalisés.
Un livre d'art où le lecteur peut picorer tel ou tel article selon sa fantaisie du moment
**
Pour cette série de chronique, je me suis appuyé en complément de mes lectures sur 2 sites en particulier :
Intégrale 4 =La Frontière invisible, La Théorie du grain de sable, Souvenirs de l'éternel présent
Suite de la saga de l'été…
C'est quoi : LES CITES OBSCURES
C'est de qui ? François Schuiten (dessinateur) et Benoît Peeters (scénariste)
1 – LA FRONTIERE INVISIBLE (2002/2004)
Les Couv':
Ça donne Quoi ?
L'importance de la cartographie dans le monde obscur est évoquée dans Le guide des cités et c'est cette science qui est au cœur de ce diptyque. L'intégration du jeune Roland de Cremer, petit neveu d'un célèbre cartographe du passé, au Centre de Cartographie ne va pas vraiment être simple surtout avec son chef, Paul Ciceri dit "Monsieur Paul". Côté amical, il y a Kalin, le chien de son prédécesseur, Ismail Djunov, spécialiste des machines cartographiques, puis l'énigmatique Shkodrâ, travaillant au Club, bar-bordel.
Le maréchal Radisic, dirigeant de la Sodrovno-Voldachie, vient inspecter les travaux du Centre et leur demande d'abandonner les cartes thématiques pour développer la grande Sodrovnie… À cause de la carte de l'ancienne Sodrovnie qu'il croit reconnaître sur la tache de naissance de Shkodrâ, Roland panique et s'enfuit en l'entraînant avec lui dans un périple fou, bientôt interrompu par l'armée. Son fantasme le laissera seul, abandonné de tous.
*
C'est une curieuse histoire qui nous permet de découvrir le maréchal Radisic, dictateur de la Sodrovno-Voldachie, dont le rêve est de dominer tout le continent obscur. C'est en quelque sorte l'explication du titre : la frontière est invisible car elle bouge en permanence. Peeters critique en transparence toutes les folies de grandeur de ces dictatures variées de notre histoire mondiale. Histoire qu'il faudrait apprendre au maréchal Radisic pour qu'il se rende compte qu'un empire démesuré est très difficile à contrôler et qu'il est destiné à éclater à un moment ou un autre.
J'avoue ne pas avoir beaucoup aimé cette histoire un peu trop bavarde à mon gré et pour laquelle j'ai trouvé que je manquais de repères malgré le guide des Cités. Un point amusant à noter : dans le guide, il est dit que la langue dominante du monde obscur est un français légèrement archaïque et qu'il reste quelques zones où l'on parle des dérivés d'autres langues bien que ce soit interdit. Mais Roland rencontre des paysans qui ne semblent pas le comprendre aux confins de la Voldachie et dont les vêtements évoquent les Balkans.
Tome 2
Mais en revanche, j'ai vraiment apprécié les fantastiques graphismes de Schuiten donnant un relief formidable presqu'à chaque page. Ses entêtes de chapitres en une page sont de véritables tableaux à chaque fois et baignent souvent dans une lumière éblouissante. Le bâtiment hémisphérique du Centre est à la fois grandiose et angoissant avec ses fenêtres rectangulaires – il deviendra un crâne dans un entête de chapitre. Les rochers du désert simulent des corps allongés. Le dernier entête, qui est aussi la page finale, nous renvoie vers une terre déifiée où Roland marche sur un paysage en corps de femme.
Dans l'entête 2, j'ai cru voir un clin d'œil de Schuiten à une très ancienne carte : la carta marina de l'évêque Olaüs Magnus datant de 1539 où apparaissaient toutes sortes de monstres marins… semblables à ceux de l'entête. Une précision, les jets d'eaux sur la tête de certains monstres correspondent aux souffles des baleines. D'autres cartes étaient décorées de créatures terrestres fantastiques comme les licornes ou les centaures.
2 – LA THEORIE DU GRAIN DE SABLE (2007/2008)
Les Couv':
Ça donne Quoi ? Un étrange personnage vêtu à l'orientale et de très grande taille se déplace dans Brüsel. Il rencontre une femme, Elsa Autrique, pour lui proposer des bijoux de son ethnie, les Bugtis du Boulachistan, mais elle s'intéresse plus à une sorte d'amulette qu'il porte et lui demande en prêt pour le faire copier pas ses artisans. Mais l'homme, Gholam Mortiza Khan, est tué par un tramway. Pendant que l'on cherche qui il est, des évènements sans lien apparents ont lieu : chez Kristin Antipova du sable apparaît en permanence, chez Constant Abeels (voir Brüsel) des pierres ayant exactement le même poids apparaissent régulièrement et le restaurateur Maurice s'allège sans maigrir au point de mettre des poids à ses chevilles pour rester au sol.
La ville fait appel à Mary von Rathen de Mylos en tant que spécialiste de phénomènes inexpliqués. Entre temps, Elsa Autrique s'est débarrassé de l'amulette, mais des phénomènes étranges ont lieu dans sa maison : il y a un désordre constant et des voix de fêtards y résonnent, puis sa maison disparaît morceau par morceau.
Les fils jumeaux de Gholam Mortiza Khan débloquent les évènements en évoquant l'amulette, le nawaby volé dans un temple moktar, dont le départ a semé le désordre dans leur pays. Le nawaby retrouvé grâce à Maurice va retourner dans son temple avec les 2 bugtis, Mary et Constant. Tout va rentrer dans l'ordre sauf pour la maison d'Elsa qui a complètement disparue avec sa propriétaire.
*
J'ai retrouvé avec joie les splendides graphismes en N&B de Schuiten dans cette histoire que j'ai trouvée beaucoup plus passionnante que La frontière invisible. Déjà découvrir une population autochtone autre que les blancs de type nordique ou les populations à peaux noires du désert des Somonites (voir article populations dans Le guide des cités) a été un choc par rapport aux précédents albums. Les bugtis sont des géants guerriers avec des traditions bien différentes de celles des citadins.
À propos de bugtis, il faut noter la grande érudition de Peeters. Le Boulachistan est une transcription dans le monde obscur de notre Balouchistan situé au Pakistan. Les bugtis sont une tribu baloutche qui vit dans cette partie du Pakistan. Je renvoie les amateurs de BD à la 1e aventure de Blake et Mortimer, Le secret de l'Espadon, où les héros rencontrent des baloutches : Zahan-Khan de Turbat, le djammadar de Wad… et même le bezendjas qui intervient dans de nombreux albums sous les ordres d'Olrik.
Retrouver Mary von Rathen est plutôt sympathique même si j'ai un peu de mal avec la chronologie donnée dans ma version du guide : en 760 elle a lâché les rênes du Consortium Unique, en 769 elle est passée dans notre monde… donc elle est revenue dans le monde obscur car l'histoire se déroule en 784/785. De plus si j'en crois le Musée A. Desombres, elle est passée dans notre monde seulement en 775?? (voir la prochaine chronique).
Je voudrais signaler aux nouveaux lecteurs, la prouesse éditoriale réalisée pour l'impression de ces albums. Le fond des pages est plutôt gris, mais les élèments perturbateurs : sable, pierres, tablier et chemise de Maurice plus le nawaby sont d'un blanc brillant qui sort du fond. D'ailleurs pour le cas de Maurice, on constate qu'au début de sa mésaventure il y a juste un petit morceau de son tablier qui est blanc, tandis qu'à la fin (quand il a trouvé son équilibre en l'air) il est entièrement blanc. De même les morceaux de la maison Autrique qui disparaissent laissent des marques blanches.
3 – SOUVENIRS DE L'ETERNEL PRESENT (1993 / 2009)
La Couv':
Une planche de la 1e édition:
Ça donne Quoi ? L'album est annoncé comme une variation sur Taxandria, film de Raoul Servais.
Aimé est le dernier enfant de Taxandria. Aujourd'hui, Aimé trouve un livre oublié dans l'ancienne bibliothèque, un livre sur le grand cataclysme rescapé de la destruction. Il se cache pour le lire et découvre la folie des savants du passé. Pour satisfaire l'ego de la femme du Président, ils en ont fait une copie parfaite. Enhardis par ce succès, ils ont copié le soleil et provoqué des catastrophes sans précédent dans le monde obscur allant jusqu'à la séparation de Taxandria du continent. C'est alors que le règne de l'éternel présent a commencé : il n'y a plus de passé, ni d'avenir à Taxandria, mais tous les jours se ressemblent et doivent se ressembler.
Aimé rêve d'aller à Marinum au bord de la Mare Nostrum, mais son professeur, M. Bonze, le lui interdit parce que c'est dangereux. Sans réponses à ses questions, Aimé va au Musée, puis au Jardin des Délices où sont enfermées les femmes, puis à la cathédrale. Enfin, il décide d'aller voir les princes (2 têtes sur un seul corps) pour découvrir des marionnettes maniées par M. Bonze. C'est est trop pour lui et il s'enfuit jusqu'à Marinum où la mer a disparu. En marchant plus loin, il manque de se noyer et est recueilli par des pêcheurs. Une autre vie va commencer pour Aimé.
La demi-page correspondante de la 2e édition :
Le texte est différent en teneur et en fonte.
*
J'ai très envie de revoir le film de Raoul Servais après ma relecture de l'album (car certaines images de la postface me sont familières). C'est un univers particulier qui me rappelle l'ambiance du film de Terry Gilliam Brazil… et aussi La cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro. Ces créateurs semblent avoir des obsessions proches concernant leurs univers imaginaires.
La ville où vit Aimé, dernier enfant vivant (peut-être plus pour très longtemps), est parsemée de ruines de bâtiments ou de statues. Il peut passer d'un endroit à l'autre par des fissures. Je crois qu'Aimé est l'alter-ego de Peeters dans le livre : il veut avoir les réponses à ses questions et comprendre pourquoi tout se passe ainsi. Pour le scénariste, il fallait entrer dans les pas de Raoul Servais et, en même temps, s'en dégager pour créer sa propre œuvre.
Côtés graphismes, comme il est expliqué dans la postface Retour à Taxandria, Schuiten avait travaillé avec Raoul Servais pour créer la ville de Taxandria visuellement. Donc en reprenant cet univers sur le scénario de Peeters, il était déjà chez lui. Il avait déjà rêvé ces ruines grandioses avec des bâtiments de guingois ou à moitié écroulés ou fissurés, où des ponts de bois et des échelles ou des escabeaux permettent d'aller d'un lieu à un autre. Une ville où les femmes, enfermées dans un dôme à demi écroulé, attendent la visite des hommes en équilibre dans des alcôves accessibles avec des échelles. Une ville où la technologie a disparue et où les messages sont transmis de bouche d'homme à oreille d'homme jusqu'à dénaturation complète du propos initial.
Les gigantesques statues brisées qui parsèment la ville m'ont évoqué son travail avec Jacques Abeille sur Les jardins statuaires et Les mers perdues. On retrouve plusieurs "penseurs", copies de celui de Rodin, mais plutôt abîmés.
Il faut examiner attentivement les dessins de Schuiten pour y découvrir plein de détails comme les casiers de la bibliothèque où l'on distingue de curieuses étiquettes : à côté de "chimie" ou "cartomancie", on voit "servaisgratie" et "obscurologie" (si j'ai bien lu)!
Aimé est un petit cousin d'Alice, mais plutôt dans son aventure derrière le miroir, et de Dorothée, découvreuse involontaire du pays d'Oz. Comme cette dernière, il découvre la supercherie des dirigeants marionnettes en soulevant un rideau. Comme Alice, il va au bout de son rêve en atteignant Marinum. Mais il ne revient pas chez lui au contraire des 2 jeunes héroïnes.
Au final, c'est un album passionnant que certains qualifierait de surréaliste et/ou fantastique, mais pour le dernier tome (à ce jour) d'une série à laquelle les deux appellations n'ont cessé d'être données, cela me semble totalement normal.
:
Conseils d'écoutes musicales pour Bandes Dessinées
:
"...ces illustrations sonores. On apprend toujours quelque chose avec elles. Y compris sur des œuvres qu'on a soi-même écrites." Serge Lehman. (La Brigade Chimérique, Metropolis, L'Homme Truqué)