1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 09:38

 

Intégrale 3 = L'Enfant penchée, Mary la penchée, L'affaire Desombres, L'Écho Des Cités, L'Ombre d'un Homme  

 

 

 

C'est quoi : LES CITES OBSCURES

 

C'est de qui ? François Schuiten (dessinateur) et Benoît Peeters (scénariste)

 

1 – L'ENFANT PENCHEE (1996)

 

La Couv':

 

Ça donne Quoi ? C'est l'histoire intrigante de la jeune Mary von Rathen, fille du président du consortium de Mylos, qui se retrouve penchée suite à un incident lors d'un tour dans une attraction d'Alaxis en 747 (du calendrier obscur). Au même moment, une équipe de savants du mont Michelson découvre une curieuse anomalie dans le ciel qu'ils vont attribuer à la présence d'une "planète occulte" à la gravité si forte qu'elle attire la lumière… et sans doute Mary.

 

Parallèlement à ce récit, le lecteur découvre le peintre Augustin Desombres sur les hauts plateaux de l'Aubrac en 1898 (de notre calendrier). Augustin découvre une maison qui l'attire irrésistiblement et dont il va faire son oeuvre majeure… ou plutôt il va obéir a maison qui lui impose certaines visions.

 

 

 

Les 2 récits vont s'entrecroiser jusqu'à la rencontre amoureuse de Mary et d'Augustin dans le monde obscur. Pour Augustin, le passage s'est fait à partir de la maison de l'Aubrac via ses fresques. Pour Mary, c'est un long périple de 4 ans pendant lequel elle s'est enfuie d'un pensionnat, a rejoint un cirque et, enfin, est partie avec Axel Wappendorf (qu'elle a cherché grâce à Stanislas Sainclair) dans un obus géant vers la planète occulte.

 

Mais, poussé par Axel, Augustin repart et y gagne une main striée. Il répare la sphère cassée de ses fresques… et brise ainsi le lien des 2 mondes (suivant en cela le conseil de Jules Verne qui pense que le temps n'est pas encore venu pour que les deux univers se côtoient vraiment.

 

 

 

 

Mon 2e album préféré de la série. L'histoire de Mary (partie dessinée) et d'Augustin (partie mêlant photos et dessins) est particulièrement bien conçue pour que le lecteur ne lève pas le nez du livre une fois ouvert.

 

Comme dans toute la série, les dessins de Schuiten sont admirables pour leur finesse et leur précision dignes des grands graveurs des siècles passés. Nous retrouverons Mary von Rathen ou Axel Wappendorf dans  d'autres livres de la série soit intervenant directement dans l'action, soit évoqués dans L'Écho des cités ou Le guide des cités.

 

Peeters a écrit une histoire implacable où les mésaventures de Mary m'évoquent certains romans du XIXe très sombres dans le passage à l'orphelinat avec les maltraitances qu'elle y subit de ses professeurs et des pensionnaires (j'ai pensé à Dickens ou aux sœurs Brontë). L'utilisation de Jules Verne en deus ex machina est à la fois amusante et intéressante… Et si le monde obscur n'était qu'une création du cerveau fertile de l'écrivain??

 

Le choix d'un roman-photo pour la partie située dans notre monde est déstabilisant au début dans un album de bande dessinée, mais cela permet un contraste fort. Augustin Desombres a le profil parfait du peintre maudit. C'est aussi un personnage totalement romantique (au sens basique) avec cette obsession qui le dévore et lui fait écouter la maison. Il est maudit parce qu'il va briser son bonheur et son amour lui-même en respectant la demande d'Axel.

 

 

Mary est le premier personnage féminin central d'un album de la série. Sophie, Milena, Hella et même Tina sont membres des duos dont leurs partenaires masculins (Eugen Robick, Giovanni Battista, Ferdinand Robur Hattéras ou Constant Abeels) sont les héros de base. La présence d'Axel Wappendorf, un personnage redondant de la série, permet d'expliquer l'état de Mary… même s'il n'est pas toujours très performant avec ses inventions! Comme elle le dit elle-même à un moment : "J'ai jamais eu de chance, moi. Déjà que j'étais rousse!"

 

On peut noter que la différence de Mary qui l'a fait rejeter partout où elle passe ne pose aucun problèmes aux pensionnaires du cirque, des freaks comme on disait. Il y a Tharcissius, un homme loup, Pierre et Dany, les deux têtes sur un seul corps, Madame Ailée, une femme de grand volume.

 

Bien sûr, je n'oublie pas la découverte de nouvelles villes du monde obscur au cours des pérégrinations des personnages : Alaxis avec ses palais et gondoles et le parc de Cosmopolis, Mylos l'industrielle avec ses fumées d'usines (mais déjà évoquée dans La route d'Armilia), Sodrovni avec ses monuments rappelant notre Russie, Porrentruy la moyenâgeuse, Brüsel en pleins travaux et enfin le lac Vert avec ses colonnades antiques.

 

Je voudrais aussi évoquer un personnage que j'ai aimé et qui apparaît peu dans les divers articles sur la série : c'est le père de Mary, Klaus. Bien que patron du consortium de Mylos, il va tout lâcher pour retrouver sa fille qu'il a reconnue dans un article du journal sur Laetitia la désaxée. L'amour qu'il porte à sa fille m'a évoqué une phrase du film Jumanji quand un personnage parle du père du héros : "Je crois que jamais un père n'a aimé son fils comme lui." (Je cite de mémoire, ne m'en voulez pas si ce ne sont pas les termes exacts).

 

Un album important et charnière de la série selon moi.

 

 

2 – MARY LA PENCHEE (1995)

 

La Couv': 

 

 

 

Ça donne Quoi ? C'est un album jeunesse en format à l'italienne avec des longs textes accompagnés d'illustrations. Il a été republié dans La route d'Armilia et autres légendes du Monde Obscur.

 

Le fait que l'aventure de Mary soit présenté comme une légende explique les différences constatées aves l'album cité précédemment. Ici Mary se réveille penchée un beau matin sans autre explication et elle parle différemment, "penché" dit son frère. Les problèmes au pensionnat et la fuite pour aboutir au cirque Robertson sont présents.

 

 

Mais ici, elle est présentée comme Mary la penchée et Monsieur Raoul, le petit singe, la suit quand elle s'en va. Mary va descendre sous terre de plus en plus loin jusqu'à ce qu'elle trouve la planète bleue de ses rêves où elle rencontre sa nouvelle famille. Tous y ont les yeux bleus et parlent "penché" comme elle.

 

Le vrai plaisir de cet album est de retrouver Mary avec des graphismes joyeux et colorés. Les différences entre l'histoire originale et celle-ci sont nombreuses… mais un conte pour enfants peut-il parler des relations entre les deux mondes quand tant d'adultes n'y comprennent rien?

 

L'histoire d'amour entre Mary et Augustin a complètement disparue ici… sans doute pour ne pas choquer les "âmes sensibles".

 

 

3 – L'AFFAIRE DESOMBRES (2002)

 

La Couv': 

 

 

 

 

Ça donne Quoi ?

Ce n'est pas à proprement parler un album de BD puisque cela présente la biographie d'Augustin Desombres et des photographies de son journal et de quelques-unes de ses œuvres. Ce tome est accompagné d'un DVD qui contient plusieurs films tous aussi passionnants les uns que les autres.

 

 

 

L'affaire Desombres : c'est une conférence de Catherine Aymerie sur la vie du peintre qui ne cache aucun des doutes que l'on peut avoir à son sujet. Était-il visionnaire et avait réellement trouvé un passage vers un autre monde ou était-il complètement fou?

 

À travers les cités obscures : ce sont des diaporamas composés d'images issues des albums et accompagnés par la transcription des musiques notées par le peintre. Transcription faite par Bruno Letort pour un groupe musical composé d'un quatuor à cordes + une clarinette + une basse électrique. Il y a Alaxis, Urbicande, Brüsel et Mary.

 

Naissance d'une planche : petit film passionnant montrant comment les 2 auteurs collaborent pour aboutir à la création d'une planche. Ici c'est la planche 14 de l'album L'ombre d'un homme qui est disséquée.

 

Rêves de pierre : création musicale de Bruno Letort.

 

 

Difficile de rendre par un texte des films, mais je dois avouer que je ne l'avais pas vu depuis fort longtemps et que j'ai découvert plein de choses au revisionnage. De quoi prouver qu'un film permet d'avoir une autre vue sur une œuvre que la lecture d'un album.

 

La conférence est très bien réalisée et fourmille de détails inapparents dans le livre joint.

 

La vision des cités permet de redécouvrir des détails par l'agrandissement des images des albums les contenant. Si Alaxis et Brüsel ne m'ont pas surprise par rapport à mes lectures, il n'en a pas été le cas pour Urbicande où le côté totalitaire de la ville m'est apparu plus fortement avec son architecture grandiose et géométrique qui m'a rappelé certains films montrant des réalisations de l'Allemagne nazie ou des pays soviétiques. Cela m'a rappelé qu'Eugen Robick avait créé une brigade urbatecturale chargée de traquer les contrevenants aux règles qu'il avait édictées.

 

Vu le papier "gaspillé" (selon les propres termes de Schuiten), j'aurais aimé fouiller dans les poubelles du dessinateur!

 

Enfin, je reconnais que les sonorités de Rêves de pierre ne sont pas ce que j'ai préféré de l'album.

 

 

4 – L'ECHO DES CITES (1987)

 

La Couv': 

 

 

 

Ça donne Quoi ? L'album ne raconte pas une histoire, mais plutôt des histoires sous la forme d'articles de journaux. Des articles très intéressants pour connaître des faits qui se sont passés entre divers albums de la série comme c'était déjà le cas avec les images de L'archiviste.

 

Le personnage central de ce grand album est Stanislas Sainclair que nous avons déjà croisé dans la série. Atteint de nanisme, il compense son handicap par une hardiesse folle et une intelligence aiguisée. Il n'hésite pas à participer à des expéditions du photographe Michel Ardan avec qui il stoppera ses relations quand celui-ci créera un journal utilisant des photos (La Lumière) au lieu des dessins de L'Echo des Cités.

 

 

 

Il est à noter que cet album étant paru en 1987, ses lecteurs connaissaient déjà partiellement certains faits qui ont été développés ou simplement cités dans des albums parus plus tard.

 

 

Ma version étant l'ancienne de très grande taille (295 x 395 mm), il a fallu adapter un rayon de ma bédéthèque à ce type de "super"-albums. Je crains que le format des intégrales (204 x 272 mm) ne rende pas justice aux splendides dessins de Schuiten.

 

Les textes des articles sont passionnants pour tous ceux qui s'intéressent au Monde Obscur. Il y en a quelques-uns dont je ne me souviens pas avoir trouvé de traces ailleurs dans la série.

 

Dans la deuxième édition, un complément concernant Axel Wappendorf a été ajouté.

 

Un indispensable pour tous les amateurs de la série.

 

 

5 – L'OMBRE D'UN HOMME (1999)

 

La Couv': 

 

 

Ça donne Quoi ?

En préambule, je dois prévenir les lecteurs connaissant la dernière version de l'album que je vais évoquer ici la première version dont la fin est  beaucoup plus optimiste si j'en crois ce que j'ai pu lire sur l'album.

Dans un document joint à mon album La route d'Armilia et autres légendes du Monde Obscur, les auteurs disaient : "Avec le recul, on jugeait la fin peu satisfaisante. Et on ne pouvait vraiment pas laisser l'album tel quel." Avec des commentaires de l'éditeur : "Le point de vue narratif change, puisque c'est désormais le personnage principal qui relate l'histoire, de l'intérieur. Cinq planches de l'ancienne version disparaissent […] huit planches entièrement nouvelles sont ajoutées."

 

 

Eh oui, je suis un vieux machin et j'ai de vieilles BD!!

 

 

Je reviens à ce que raconte "mon" album. Albert Chamisso est un agent d'assurances de Blossfelddtstad assez féroce avec ses clients pour ne pas faire perdre d'argent à son employeur. Mais, alors qu'il est marié depuis peu, d'horribles cauchemars gâchent ses nuits. Il consulte un médecin qui lui donne un nouveau médicament purement chimique. Mais s'il dort enfin, il semble qu'il y ait un effet imprévu : son ombre se colore et il a des migraines terribles.

 

Son mariage n'y résiste pas, ni son emploi et il se retrouve dans un appartement miteux. Michel Ardan l'y retrouve et le photographie pour son journal. Une rencontre imprévue avec une jeune comédienne va changer sa vie. Ils vont créer un spectacle d'ombres où son "problème" fait merveille jusqu'au moment où son ombre redevient grise… mais ils rebondiront en créant de nouveau spectacles.

 

*

 

Je ne trouve pas personnellement que cette fin soit bancale, mais les auteurs sont maîtres de leurs créations… Et décidemment, il faut que je prenne les intégrales pour découvrir tout ce que j'ai loupé!

Cette planche de la dernière édition n'est pas présente dans la mienne.

 

 

 

Vu l'intérêt des auteurs pour les contes d'Andersen (voir La Perle dans la 2e saga), je pense qu'ils ont été influencés par le conte "L'ombre" (https://fr.wikisource.org/wiki/Contes_d’Andersen/L’Ombre).

Cette possible inspiration me fait craindre le pire pour le héros de l'album car le conte est très sombre.

 

 

Bien sûr, j'ai aussi pensé aussi à Peter Schlemihl, l'homme qui a vendu son ombre au diable, roman d'Aldebert von Chamisso (le personnage a le même nom). J'avoue ne pas avoir lu le roman, mais je connais le personnage par l'opéra Les contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach (la connaissance de certains personnages se fait parfois par des voies détournées). Le docteur Vincent serait dans ce cas une incarnation du diable…

 

Je reviendrai vous dire ce que j'en pense quand j'aurai enfin découvert cette nouvelle version.

 

 

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Une Chronique de Gen

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11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 12:25

 

C'est avec un plaisir non dissimulé que nous retrouvons Gen sur B.O BD pour sa traditionnelle Saga de l'Eté qui se penche cette année sur la série Les Cités Obscures!

La Saga de l'été  2019  /   Les Cités Obscures 1° Partie.

 

Intégrale 1 = Les Murailles de Samaris, La Fièvre d'Urbicande, Les mystères de Pâhry, L'Archiviste  

 

 

C'est quoi : LES CITES OBSCURES

Tout a commencé en 1980 par quelques albums très intrigants qui sont devenus une série mythique. Le style très clair de François Schuiten et l'inspiration graphique des gravures du XIXe siècle pour créer un univers steampunk ont pu déconcerter et même rebuter quelques lecteurs. Benoît Peeters a créé une succession d'intrigues dans ce monde parallèle au nôtre qui déboussolent (au sens propre) le lecteur débutant.

 

Cette série a une ambiance qui lui est propre et que la nouvelle parution en intégrales permet de (re)découvrir. Mais attention, l'ordre de parution des intégrales ne respecte pas totalement l'ordre de parution des albums initiaux. En revanche, la publication des intégrales a intégré des albums rares et quasi introuvables ainsi que des pages inédites.

 

C'est de qui ? François Schuiten (dessinateur) et Benoît Peeters (scénariste)

 

Déjà croisés sur BO BD ? oui pour le dessinateur

 

C’est édité chez qui ? Casterman

 

 

1 - LES MURAILLES DE SAMARIS (1983)

 

La Couv':

 

La Saga de l'été  2019  /   Les Cités Obscures 1° Partie.

 

Ça donne Quoi ? Franz habite Xhystos  et le conseil de la ville l'envoie en mission à Samaris pour tenter de comprendre ce qui s'y passe et ce que sont devenus les précédents émissaires jamais rentrés. Ses amis le qualifient de fou d'avoir accepté cela. Après un long voyage de plusieurs semaines en train + altiplan + aérophèle + bac, il arrive enfin à Samaris où il s'installe dans la seule auberge de la ville. Il y rencontre Carla qui lui dit ne pas connaître de cité du nom de Xhystos. Une rencontre avec le gouverneur de la ville ne lui apporte pas plus de renseignements sinon l'explication de l'emblème de la cité : une drosera, plante carnivore.

 

Poursuivant ses recherches, il découvre que la ville est un grand trompe-l'œil où rien ne vit réellement. Il décide alors de rentrer à Xhystos où il arrive après un long périple. Il découvre une ville totalement différente et qui s'avère être un leurre.

 

La Saga de l'été  2019  /   Les Cités Obscures 1° Partie.

 

Dans mon édition de 1988, il y a un dossier des auteurs, Retour à Samaris, où ils expliquent leurs choix graphiques pour les villes : "Pour Xhystos, l'art nouveau s'imposa presque instantanément. […] imaginant ce qu'aurait pu devenir un Bruxelles entièrement réinventé par quelqu'un comme Horta." "Pour cet insidieux labyrinthe [Samaris], […] Multiples et hétéroclites; nos sources furent notamment l'architecture orientale et le style Renaissance, mais surtout ces édifices baroques […] dont les façades ouvragées nous paraissaient se prêter admirablement à cet art de a dissimulation."

 

C'est dans ce dossier que j'ai découvert que la fin de l'album avait été modifiée pour ne pas laisser le lecteur trop déconcerté par une fin abrupte comme celle de la 1e édition (que je ne connais pas). Mais je crois que la fin n'a pas trop d'importance car ce sont les errances de Franz et la présence écrasante des 2 villes qui le sont. Le contraste entre la rigueur froide de Xhystos et le labyrinthe ensoleillé de Samaris est la base de l'album. Franz n'est qu'un révélateur de ce contraste… même s'il sera finalement plongé dans l'incertitude sur ce qui est réel ou pas.

 

Les murailles de Samaris m'ont évoqué une autre déambulation angoissante dans un univers changeant : celle du héros du film Dark City, que je ne peux que recommander aux amateurs de fantastique. On y retrouve les mêmes bases, fréquentes en littérature ou cinéma fantastique : qu'est-ce qui est réel ou pas? Avec son corollaire : Suis-je réel ou sinon que suis-je? (angoissante question!)

 

Cet album n'a pas été mon 1e contact avec la série et j'avoue qu'il continue à me déconcerter à chaque relecture. C'est plus l'ambiance donnée par les lumineux dessins de Schuiten qui m'emporte dans son tourbillon que les méandres du scénario de Peeters.

 

 

 

2 – LA FIEVRE D'URBICANDE (1985)

 

La Couv':

 

La Saga de l'été  2019  /   Les Cités Obscures 1° Partie.

 

Ça donne Quoi ? Eugen Robick est un urbatecte qui a déjà fortement contribué aux transformations de la rive sud d'Urbicande. Il demande à la Commission des Hautes Instances de ne pas arrêter la modernisation de la ville. 2 de ses collaborateurs lui ont apporté un curieux objet trouvé sur un chantier suite à la casse d'un engin. C'est une sorte de cube ouvert, seules les arêtes de 15cm de long sont visibles, qu'il laisse sur son bureau en sortant.

 

Après une nuit, il découvre que le cube a grandi et que des excroissances bourgeonnent dans les coins… et, en plus, le cube s'est incrusté dans le bureau au point de ne pouvoir en être sorti même avec des outils tellement il est dur. Quelques heures plus tard, le cube est devenu un treillis. En tentant de surveiller sa progression, Eugen est fixé à son bureau par un montant. Il ne souffre pas et comprends vite qu'il lui suffit d'attendre que le réseau cubique augmente de taille pour être libéré et réussit à sortir de son bureau à temps avant que la porte ne soit bloquée.

 

Inexorablement le réseau se développe et les montants grossissent également en épaisseur. Eugen n'est pas pris au sérieux par les Hautes Instances et mis au ban des scientifiques avant d'être mis en prison à cause des perturbations dues au réseau dont les autorités croient qu'il est le créateur. Toutes les tentatives pour détruire le réseau n'arrivent qu'à détruire les bâtiments voisins.

 

Puis arrive le moment où le réseau semble avoir atteint sa taille définitive qui relie les deux rives d'Urbicande par des montants où une personne peut marcher. La structure sociale de la ville explose puisque les riches du sud et les pauvres du nord peuvent traverser le fleuve sans contrôle. Jusqu'au jour où le réseau reprend son expansion en détruisant tout ce qui avait été construit sur lui et plongeant la population, à nouveau séparée en 2 groupes, dans l'apathie… Seul remède selon les aurtorités : reconstruire le réseau, demande qu'Eugen refuse de réaliser puisque ce ne sera qu'une pâle copie.

 

La Saga de l'été  2019  /   Les Cités Obscures 1° Partie.

 

Si je me rappelle bien, c'est le 1e album de la série que j'ai acquis et il reste mon préféré. Il y a les graphismes superbes de Schuiten en noir et blanc, à la fois d'une froideur terrible dans les représentations architecturales et d'une grande expressivité pour exprimer les sentiments des personnages. Et il y a ce scénario implacable qui montre une humanité croyant dominer l'univers prise au piège d'un phénomène qui la dépasse et qui montre un univers obscur pas vraiment bienveillant avec les déshérités.

 

Dès ma 1e lecture, j'ai pensé à un vieux livre de science-fiction, Le pionnier de l'atome, écrit par Jimmy Guieu en 1952 (avant ma naissance) où un homme découvre un anneau dont sort une sorte de tige qui croit régulièrement. Bon, dans le livre, le héros arrive à prendre contact avec des habitants d'un atome de la tige dont les électrons sont des planètes et le noyau le soleil (à cette époque, le modèle planétaire de l'atome était couramment enseigné… depuis le modèle a été abandonné). Je ne sais plus ce qui a provoqué la croissance de la tige dans le roman, mais il y a les mêmes problématiques d'un phénomène dépassant les connaissances scientifiques de l'époque.

 

L'album est fantastique et il le sera encore dans de nombreuses années car son sujet et son traitement graphique sont hors des modes. Si vous ne devez lire qu'un seul album de la série, c'est celui-là qu'il faut choisir.

 

 

3 – LES MYSTERES DE PÂHRY (2007)

 

La Saga de l'été  2019  /   Les Cités Obscures 1° Partie.

 

Ça donne Quoi ? J'avoue ignorer totalement ce que donne ce récit qui a été ajouté aux éditions récentes de Les murailles de Samaris et à l'intégrale, bien sûr.

 

C'est un récit qui n'a jamais été terminé et qui aurait dû se situer juste après Le mystère d'Urbicande.

 

Je cite les auteurs dans un extrait de l'intégrale (trouvé sur le net) : "Nous aimions l'idée de cette cité de Pâhry devenue poreuse, traversée de circulations secrètes, d'allure quasi organique. […] d'autres (éléments) avaient trouvé place dans des albums […]"

 

 

4 – L'ARCHIVISTE (1987)

 

La Couv':

 

La Saga de l'été  2019  /   Les Cités Obscures 1° Partie.

 

Ça donne Quoi ? Isidore Louis, chargé de recherches à l'Institut Central des Archives – sous-section des mythes et légendes, a pour mission de retrouver des documents concernant les Cités Obscures. Il va devoir fouiller de nombreux dossiers et y trouvera en particulier des gravures de certains lieux ou faits concernant le Monde Obscur… Une fois son rapport rendu, il va être chassé des archives jusqu'au moment où il sera lui même archivé.

 

La Saga de l'été  2019  /   Les Cités Obscures 1° Partie.

 

Un des albums qui m'ont donné du mal pour être rangés dans ma bédéthèque du fait de sa grande taille : 305 x 395 mm…

Il se présente sous une forme particulière : en double page en a à droite une image en noir et blanc illustrant un texte relatant l'évolution de la recherche et à gauche une grande image représentant une cité obscure et/ou un évènement lié.

 

J'ai découvert que ma version avec 21 images archivées a été depuis entièrement remaniée avec 6 images supplémentaires et une introduction en BD de 3 pages… de quoi modifier la perception de l'album.

 

La version de ma bédéthèque semble plus un livre artistique qu'un album important de la série, mais c'est totalement faux car certains faits sont à relier à d'autres albums et certaines images évoquent des villes qui sont juste cités dans la série sans que l'on y aille vraiment.

 

Cet album a un côté effrayant qui rappellent le livre 1984 par sa fin que l'on devine mauvaise à propos d'un homme qui réfléchit et est allé plus loin que l'on ne lui avait demandé. Il y aussi un côté kafkaïen dans l'enchaînement des faits parce que l'archiviste se laisse entraîner par sa recherche jusqu'à s'oublier lui-même et se mettre en danger. Je me suis demandé plusieurs fois à la (re)lecture si l'histoire se situait dans le monde obscur ou dans l'autre monde (autrement dit le nôtre).

 

**

 

A la relecture de mes albums et à mes recherches sur les intégrales, je suis arrivé à cette conclusion : si vous ne possédez pas déjà la série, achetez les intégrales ou empruntez-les en médiathèques… Je crois que je ne vais pas résister longtemps et que je vais les acquérir même si ce sera un doublon pour certains albums!!

 

 

Une Chronique de Gen

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15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 15:45
 

 

 

 

LA BD:

 

 

 

 

C'est quoi ?  CAPTAIN DEATH

 

 

C'est de qui ? Bacci

 

 

La Couv':

 

On n'échappe pas à Captain Death  /  Captain Death  Vs.  War between the planets

 

Déjà lu sur B.O BD? Oui

 

 

C’est édité chez qui ? Casterman

 

 

Une planche:

 

On n'échappe pas à Captain Death  /  Captain Death  Vs.  War between the planets

 

 

Ca donne Quoi ? Imaginez que la Mort soit une chasseuse futuriste au look de cousine de Skeletor qui, inlassablement, traque ceux pour qui l’heure a sonné.

Et là y a du boulot puisque c’est carrément la planète Terre dans son intégralité qui doit être rayée de la carte intersidérale.

 

Manque de bol pour notre chasseresse à forte poitrine (si, si !) 7 survivants ont réussi à prendre la tangente. Commence alors une traque sans merci où les gibiers ont décidé de se frotter à leur prédateur…mais sans bien réaliser la nature même de la cible.

 

Après Lastman Stories sur lequel il collaborait avec Vives, Bacci signe là un petit album délirant au look hybride, dans un format proche du manga (taille, design, traitement) avec des graphismes en bichromie caricaturaux bien barrés.

On n’est pas loin de la défunte collection KSTR qui avait en son temps proposé de très bons albums !

 

 

 

 

 

LA MUSIQUE:

 

 

 

 

C'est quoi : WAR BETWEEN THE PLANETS

 

 

C'est de qui ? A.F. Lavagnigno

 

 

La Couv':

 

On n'échappe pas à Captain Death  /  Captain Death  Vs.  War between the planets

 

Déjà entendu par ici? Oui

 

 

On peut écouter ?

 

 

Ca donne Quoi ? N’y allons pas par 4 chemins, une BD comme Captain Death c’est du pain béni pour B.O BD vu qu’il n’y a qu’à puiser dans le vivier de scores de SF old school qu’on peut dénicher sur la toile.

 

Prenons ce War between the planets par exemple, pour lequel Lavagnigno use et abuse d’effets spéciaux électroniques divers et variés sur lesquels il vient rajouter des sons de cymbales trafiqués et autres boucles de claviers hypnotiques à souhait.

 

Si le compositeur italien avait plutôt bien débuté sa carrière pour le cinéma, en mettant entre autre en musique deux longs pour Orson Wells (excusez du peu) rapidement il va se retrouver abonné aux péplums et autres séries B d’épouvante.

On comprend pour le coup un peu mieux ses expérimentations sonores sur ce genre de projet où la liberté de création était quasi-totale vu le budget alloué aux scores.

 

Celui du jour, plein de reverb’ et d’écho, est, je vous l’accorde difficilement écoutable en tant que tel et fait plus penser à une expérimentation sous LSD digne d’une face B des Pink Floyd époque Syd Barret, mais, en fond sonore de l’ovni de Bacci, ça ne fait rajouter qu’au plaisir coupable !

 

 

 

 

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Une Chronique de Fab

 

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13 juin 2019 4 13 /06 /juin /2019 07:47

 

 

LA BD:

 

 

 

 

C'est quoi ?  LE LOUP

 

 

C'est de qui ? Rochette

 

 

La Couv':

 

L'Homme est un loup pour ...le loup  /  Le Loup  Vs.  Le Dernier Trappeur

 

Déjà lu chez nous? Oui, il y a peu même.

 

 

C’est édité chez qui ? Casterman

 

 

Une planche:

 

L'Homme est un loup pour ...le loup  /  Le Loup  Vs.  Le Dernier Trappeur

 

Ca donne Quoi ? Un berger bourru, traumatisé par la mort de son fils militaire en mission, qui vit seul dans le massif des écrins, abat une louve qui menace son troupeau.

L’animal laisse derrière elle un louveteau à qui l’homme laisse la vie sauve le considérant trop jeune pour être tué.

L’avenir lui donnera tort quand, arrivé à l’âge adulte, la bête va s’en prendre aux bêtes du berger, provoquant la perte du troupeau entier et enclenchant par la même un duel à mort entre homme et animal au sein d’une montagne hostile dans d’extrêmes conditions.

 

Après son récent prologue au Transperceneige, Jean Marc Rochette, s’il passe ici dans un tout autre registre, aborde là encore les questions écologiques, et de relation de l’homme à la nature.

 

Son anti-héros atavique face à un  loup prédateur naturel et éternel ennemi –proclamé du moins- du berger, n’inspire pas forcément la sympathie et c’est bien là la force de l’album, présentant un homme avec ses parts d’ombres et ses faiblesses et un animal dénué lui de toute malice qui, dans une partie plus « fantastique » viendra même en aide à son ennemi comme en remerciement de son geste de bonté du passé.

 

Le Loup est un livre fort, rugueux comme les paysages où il se déroule, aux graphismes semi réaliste en accord avec le propos, sans fioritures.

Une de mes belles lectures de ce printemps !

 

 

 

 

 

 

LA MUSIQUE:

 

 

 

 

C'est quoi : LE DERNIER TRAPPEUR

 

 

C'est de qui ? K. Levy

 

 

La Couv':

 

L'Homme est un loup pour ...le loup  /  Le Loup  Vs.  Le Dernier Trappeur

 

Déjà croisé chez B.O BD? Non

 

 

On peut écouter ?

 

 

Ca donne Quoi ? Compositeur à la formation mixte –classique et musique de film- Levy a la sensibilité et le bagage adéquats pour mettre en musique la nature sauvage ce que ses deux collaborations avec Nicolas Vannier  démontrent largement.

 

Sur leur premier film, Le Dernier Trappeur, (le second s’intitule…Loup, comme quoi !)le musicien a privilégié les cordes pour des motifs lents et expressifs, tournés vers la contemplation et l’ambiance avec une mélancolie appuyée sur certains.

 

Pas de sensationnalisme ici donc, une pointe d’exotisme via des violons lancinants qui ne sont pas sans faire penser à de la musique indienne.

 

Une atmosphère éthérée et sauvage qui colle comme un gant au Loup de Rochette.

 

 

 

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Une Chronique de Fab

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 08:21
 

 

 

 

 

LA BD:

 

 

 

 

C'est quoi ?  TRANSPERCENEIGE, EXTINCTIONS.

 

 

C'est de qui ? Rochette & Matz.

 

 

La Couv':

 

Ecoterrorisme ou dernière chance  /  Transperceneige, Extinctions  Vs.  Smokin Aces

 

Déjà croisés sur le site? Oui, le scénariste comme le dessinateur.

 

 

C’est édité chez qui ? Casterman

 

 

Une planche:

 

Ecoterrorisme ou dernière chance  /  Transperceneige, Extinctions  Vs.  Smokin Aces

 

Ca donne Quoi ? Je dois vous avouer quelque chose, dans mes jeunes années je me rêvais éventuel éco terroriste alors que je mettais à mal pièges et autres abris de chasseurs.

Aujourd’hui encore, si une réalité plus terre à terre à base de famille, d’enfants et de travail  a enterré mes velléités rebelles, la crise écologique sans précédent que nous sommes en train de vivre me préoccupe –comme beaucoup de mes congénères je l’espère- grandement, surtout pour les enfants sus-cités.

 

Ce Transperceneige Extinctions me touche donc doublement, d’une part de par son propos, profondément ancré dans une réalité actuelle, de l’autre de par son statut de prologue a la grande saga SF, récemment remise à l’honneur chez Casterman, qu’est le Transperceneige.

 

On y découvre l’inventeur humaniste du train gigantesque supposé protéger une partie sélectionnée de la population mais également un groupuscule d’individus, menés par un autre visionnaire, d’un tout autre ordre celui ci, plus radical.

 

Une course contre la montre à distance est lancée entre ceux qui veulent survivre au désastre programmé et ceux qui vont l’enclencher.

 

Ecoterrorisme ou dernière chance  /  Transperceneige, Extinctions  Vs.  Smokin Aces

 

Matz remplit ici son cahier des charges (si tant est qu’il y en ait eu un) haut la main, livrant un scénario visionnaire et désespérément lucide sur un avenir apocalyptique proche que le dessinateur Jean Marc Rochette - artiste de la série d’origine qui a une double actualité ce mois ci avec la sortie simultanée de l’excellent Le Loup (sur lequel nous reviendrons bientôt)- met en image de façon réaliste et convaincante de par son trait nerveux et incisif.

 

Un prologue qui, 35 ans après, fait honneur à son modèle.

 

 

 

 

 

LA MUSIQUE:

 

 

 

 

C'est quoi : SMOKIN ACES

 

 

C'est de qui ? C. Mansell

 

 

La Couv':

 

Ecoterrorisme ou dernière chance  /  Transperceneige, Extinctions  Vs.  Smokin Aces

 

 

Déjà entendu chez B.O BD? Oui

 

 

On peut écouter ?

 

 

Ca donne Quoi ? Aux antipodes des morceaux utilisés sur le film et même d’une grosse partie du scénario, Clint Mansell livre, pour ce polar choral délirant, une B.O toute en ambiance, plus dans l’esprit de Requiem For A Dream (toutes proportions gardées) que de Doom (oui, c’est bien Mansell qui est responsable de cette B.O !).

 

 

Il fait preuve d’un éclectisme poussé, mélangeant nappes de synthés planantes et sonorités flamenco ‘si, si !) pour un résultat aussi mélancolique qu’hypnotique avec tout de même quelques pistes plus axées sur le suspense même si elles restent largement minoritaires.

 

Pas du Mansell du haut du panier mais un score atypique au possible qui illustre bien la noirceur prononcée de cette Extinctions annonciatrice (à plus d’un titre !)

 

 

 

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Une Chronique de Fab

 

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