13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 07:53

 

 

Lorsqu'un universitaire disparaît, la nouvelle fait rarement la une des journaux. C'est donc en effectuant quelques recherches pour les besoins de cette chronique que j'ai appris la mort de David A. Beronä en mai dernier. Hommage soit donc rendu à un passionné qui a largement contribué à la reconnaissance d'un moyen d'expression graphique trop méconnu. 

 

 

LA BD :

 

 

 

C'est quoi : LE ROMAN GRAPHIQUE : DES ORIGINES AUX ANNEES 50

 

 

C'est de qui ? David A. Beronä

 

 

La Couv' :

 

 

Déjà lu chez nous ? Non

 

 

Une planche :

 

Ca donne Quoi ? Nominé en 2009 aux Harvey Awards (le pendant confidentiel des Eisner Awards), son essai Le roman graphique : des origines aux années 50 constitue une mine d'or pour qui s'intéresse, ou voudrait découvrir le genre éphémère des « woodcuts novels », ces « romans en gravures sur bois », dont l'influence reste déterminante pour la bande dessinée contemporaine, et tout particulièrement pour le « graphic novel » qui en est le digne héritier. Œuvre purement graphique (donc sans paroles), porteur d'un message à la fois critique, symbolique et humaniste, le roman graphique se situe à la confluence d'un mouvement et de deux phénomènes artistiques et culturels majeurs du début du 20ème siècle : l'expressionnisme allemand, le cinéma muet et les comic strips américains.

Au fil des chapitres, et après un bref historique, Beronä dresse les portraits des différents artistes qui ont marqué le genre, depuis les figures majeures que sont Frans Masereel et Lynd Ward (le maître de Will Eisner), jusqu'au plus obscures comme l'Allemand Otto Nückel, la Tchèque Helena Bochorakova-Dittrichova, l'Américain William Gropper, le Hongrois Istvan Szegedi Szüts, l'Italien Giacomo Patri ou encore l'Anglais Laurence Hyde (oui, le roman graphique est plutôt une forme d'art européenne). Chaque portrait est suivi d'un résumé et d'une analyse des œuvres, assortie d'illustrations aussi abondantes que belles à pleurer (chapeau à La Martinière pour l'excellent travail de mise en page). Ouvrage didactique, mais bien plus que… le livre de David Beronä est porté par une qualité d'écriture et une passion qui donnent envie au lecteur d'aller explorer chacune des pistes (y compris cinématographiques) qu'il nous livre. Il permet également de replacer dans une perspective historique le travail d'artistes comme Eisner, Wrighston ou Miller. Une claque gravée sur bois !

 

 

 

 

LA MUSIQUE :

 

 

 

C'est Quoi ? METROPOLIS

 

 

C'est de Qui ? Jeff Mills

 

 

La Couv' :

 

 

Déjà entendu sur B.O BD ? Metropolis oui, mais sur la musique d'Abel Korzeniowski

 

 

On peut écouter ? Le 1er titre (les autres sont disponibles sur le Tube et permettent par la même occasion de regarder tout le film).

 

 

 

 

 

Ca donne Quoi ? Lors de sa sortie en 1928, le film de Fritz Lang bénéfice d'une musique originale composée par Gottfried Huppertz, déjà collaborateur du réalisateur autrichien sur son diptyque des Nibelungen. A partir des années 70 – et de la lente exhumation de Metropolis qui, rappelons-le, connut en son temps un bide monumental – plusieurs artistes se mettent à composer des bandes-son alternatives à celle d'Huppertz, jugée trop marquée par une inspiration héritée du XIXème siècle (Wagner en tête, ce qui, pour l'adaptation de Siegfried pouvait faire sens, mais plombait nettement une œuvre futuriste telle que Metropolis). La plus célèbre de ces relectures musicales modernes reste celle commise par Giorgio Moroder avec la version disco rock du film qu'il produit en 1984, laquelle permet toutefois à une nouvelle génération de spectateurs de redécouvrir ce chef d’œuvre du 7ème art (reconnaissons lui au moins le mérite de cette initiative « couillue » au début de l’ère MTV). En 2000, le pionnier de la scène électronique de Détroit, Jeff Mills, propose sa version de la BO du film de Lang. Le DJ livre un album de techno minimaliste, parsemée de textures sombres et grinçantes, qui rend justice à la modernité de Metropolis et permettra au lecteur de Beronä de trouver l’accompagnement suggestif approprié à sa plongée dans l’univers expressionniste et foisonnant du roman graphique.

 

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Une chronique signée Lio

 

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bobd - dans Livre Comics Berona

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