25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 08:05
 

Un cycle "adulte" ce week-end où l'on chronique deux ouvrages fort différents mais qui, si pas à proprement parler érotiques, sont clairement destinés à un public averti !

 

 

 

LA BD:

 

 

 

 

C'est quoi ?  L’HERITAGE DU COLONEL

 

 

C'est de qui ? Trillo & Varela

 

 

La Couv':

 

 

Déjà croisés sur le site? Oui, les 2.

 

 

Une planche:

 

 

Ca donne Quoi ? Trillo s’inspire de la situation militaire dramatique de l’Argentine du milieu des années 70 pour livrer ce scénario glauque à souhait centré sur Elvio, fonctionnaire servile, fils d’un ancien militaire en charge des interrogatoires/tortures des soi-disant opposants au régime. Ayant assisté à l’une de ces séances , son géniteur avait trouvé bon de mener à la maison, notre homme en est resté marqué au point de développer une attirance malsaine pour une poupée dans une vitrine, quitte à en laisser vivre sa mère de la façon la plus indigne possible afin d’acheter le jouet sur lequel il compte bien assouvir ses inavouables fantasmes.

 

L’introduction de l’auteur est limite salvatrice tant l’histoire de ce personnage complètement fou, traumatisé par son passé, met le lecteur mal à l’aise.

 

L’Héritage du Colonel n’est clairement pas un album à mettre entre toutes les mains, et même un lecteur averti pourra ressentir une certaine gêne face certaines situations quelque peu extrêmes. Néanmoins l’intrigue et le propos font mouche dans leur dénonciation d’une époque fort noire et de ses conséquences désastreuses.

 

Le trait décalé et caricatural de Lucas Varela, artiste que l’on a souvent lu et apprécié chez nous, est, lui aussi, un choix salutaire. De par le décalage grotesque qu’il apporte il fait –presque – passer la pilule des agissements de l’anti-héros.

 

 

 

 

 

 

LA MUSIQUE:

 

 

 

 

C'est quoi :MR TURNER

 

 

C'est de qui ? Gary Yershon

 

 

La Couv':

 

 

Déjà entendu chez B.O BD? Non

 

 

On peut écouter ?

 

 

 

 

 

Ca donne Quoi ? Si Gary Yershon est assez méconnu du grand public, il ne l’est pas des amateurs de cinéma anglais indé puisque il a mis en musique quatre des longs de Mike Leigh parmi lesquels la biographie du peintre romantique WilliamTurner.

 

Plus habitué aux planches, et notamment aux pièces shakespeariennes, Yershon est familier avec la musique d’époque qu’il n’hésite pas, depuis quasiment ses débuts, à arranger à la sauce actuelle.

Ici il a choisi de tenter d’exprimer le processus parfois difficile  de création artistique en changeant constamment d’instruments lead (piano, clarinette, cordes…) ou encore en passant d’un mode à l’autre parfois même au sein d’un même morceau.

Si certaines parties de thèmes reviennent ça et là, le mot d’ordre n’est pas la thématique ni même l’ordre, Yershon s’amuse à commencer une piste comme si c’était le milieu d’un morceau, à en arrêter un autre en pleine mélodie.

 

Le sentiment de malaise crée par cet apparent chaos, et peu contrebalancé par la richesse mélodique des phrases, amène un décalage supplémentaire à la laecture de la BD proposée aujourd’hui….qui n’en n’aurait pas eu besoin croyez moi.

 

 

 

 

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Une Chronique de Fab

 

 

 

 

 

 

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 15:25
 

 

 

 

 

LA BD:

 

 

 

 

C'est quoi ?  CŒUR DE TENEBRES

 

 

C'est de qui ? Pecau & Bachelier

 

 

La Couv':

 

 

C’est édité chez qui ? Delcourt

 

 

Déjà croisés sur le site? Oui

 

 

Une planche:

 

 

 

Ca donne Quoi ? On peut dire que le roman d’origine, œuvre assez impressionnante de par son alliance du fond et de la forme (il faut le dire !) aura voyagé au gré des adaptations dans divers médium. D’un fleuve au sein du Congo dans le livre de Conrad, il aura visité la jungle du Vietnam et les marais d’Irak sur grand écran ; et, en BD,on l'a retrouvé sans voix puis,  après un petit tour dans le futur,  le voici dans la Vendée du XVIII° siècle.

 

Pécau, féru d’uchronies s’il en est, transpose donc l’action pendant la Terreur, alors que les soldats de la République traquent et massacrent les derniers partisans de la royauté.

Varenne, officier Bleu, flanqué d’un indien ramené des Amériques (façon Pacte des Loups! ), est chargé de retrouver la trace du Colonel Schreb, gradé ayant disparu dans les marais et supposé avoir bâti un mini empire personnel.

 

L’idée fonctionne plutôt bien ; Benjamin Bachelier quant à lui, loin de ses précédentes adaptations, que ce soit Gatsby ou Taïpi, opte ici pour un noir et blanc hachuré et anguleux, du moins sur une majeure partie de l’ouvrage, pour rendre la noirceur et la tristesse des décors et de la période, la descente aux enfers de notre duo de héros malgré eux.

 

Une version puissante d’un classique aux thématiques …intemporelles !

 

 

 

 

 

 

LA MUSIQUE:

 

 

 

 

C'est quoi :THE PROPOSITION

 

 

C'est de qui ? Nick Cave & Warren Ellis

 

 

La Couv':

 

 

Déjà entendu chez B.O BD? Oui

 

 

On peut écouter ?

 

 

 

Ca donne Quoi ? Chose promise… voici donc la première musique de film écrite par le duo derrière les Bad Seeds de Nick Cave, qui, tout en étant clairement illustrative, n’en reste pas moins intimement marquée de la personnalité musicale de ses deux auteurs.

 

Vu que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le scénario de The Proposition a été écrit par Nick Cave himself. Sorte de western vaguement biblique traitant de vengeance et de trahison (pas forcement dans cet ordre), à l’ambiance aride, le film est magnifié par son score, essentiellement instrumental et acoustique, parcouru de guitares et de percussions torturées, sur lesquels les violons de Ellis tantôt plaintifs tantôt grinçants, finissent de donner une aura assez unique.

 

Multi récompensée, cette B.O aussi contemplative qu’hypnotique fait une compagne fort intéressante à la chasse à l’homme fantomatique de cette version du Cœur des Ténèbres.

 

 

 

 

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Une Chronique de Fab


 

 

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 09:48
 

 

 

 

LA BD:

 

 

 

 

C'est quoi ?  COULEURS DE L’INCENDIE

 

 

C'est de qui ? De Metter adapte Lemaître

 

 

La Couv':

 

 

C’est édité chez qui ? Rue de Sèvres

 

 

Déjà lu sur le site?Oui ensemble

 

 

Une planche:

 

 

Ca donne Quoi ? Alors qu’elle enterre son père, Madeleine assiste impuissante à la tentative de suicide de son fils. Et ce n’est là que le début d’une suite de malheurs qui vont s’abattre sur la jeune femme : ruine, trahison, abandon. Mais notre héroïne est dotée d’un caractère combatif et va rendre coups pour coups à ses adversaires.

 

Christian De Metter adapte pour la seconde fois Pierre Lemaître ; si Couleurs de l’incendie est la suite de Au revoir là haut, les liens entre les deux œuvres sont ténus. On y suit la destinée de Madeleine et des déboires qu’elle va connaître causés par les hommes qui traversent son existence : le conseiller financier, amoureux éconduit et revanchard, l’oncle intéressé et peu scrupuleux, le précepteur vicié et arriviste…autant dire que les homes chez Lemaître sont des salauds de la pire espèce, quitte à manquer d’ailleurs peut être un peu de nuance.

Mais si Au revoir s’inscrivait dans le genre drame historique, cette suite lorgne clairement plus du coté du roman noir, avec quelques ficelles inhérentes au genre mais auxquelles l’époque historique va bien (terribles années 30 !)

 

La peinture de De Meter sert à mon goût encore mieux ce volet que le précédent, comme sur les polars de l’auteur, on retrouve ici sa palette toute en ombres, en bruns, en demi teintes qui sied bien au genre. L’artiste a du trancher dans le lard du généreux roman de Lemaître, quitte à éclipser certains passages et protagonistes mais s’en sort plutôt bien.

 

Aura t-on droit à sa version de a dernière partie de la trilogie, sortie il y a peu ? Gageons que oui (et croisons les doigts surtout !).

 

 

 

 

 

LA MUSIQUE:

 

 

 

 

C'est quoi :THE MAN WHO KNEW TOO MUCH

 

 

C'est de qui ? A. Benjamin

 

 

La Couv':

 

 

Déjà entendu chez B.O BD?

 

 

On peut écouter ?

 

 

 

 

Ca donne Quoi ? La cantate que le compositeur australien Arthur Benjamin écrit pour cette première version de l’Homme qui en savait trop, est un peu la parfaite osmose entre la pièce orchestrale et le score dramatique, au point que Bernard Herrmann, en charge de la musique du remake de 1956 (réalisé également par Hitchcock), décider de ne pas écrire une nouvelle partition, préférant ré-arranger quelque peu la version d’origine.

 

La partie chantée, lyrique à souhait, pourra gêner un peu le lecteur non habitué à accompagner sa BD d’une musique, et d’ailleurs, comme vous le savez si vous êtes un habitué du site, il est fort rare que je sélectionne des morceaux avec voix. Cependant l’harmonie entre instruments et chant fonctionne fort bien et marie avec réussite B.O de film de suspense et grande émotion, un cocktail que l’on retrouve d’ailleurs sur Couleurs de l’incendie.

 

 

 

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Une Chronique de Fab

 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 14:15
 

 

 

LA BD:

 

 

 

 

C'est quoi ?  SEULES A BERLIN

 

 

C'est de qui ? N. Juncker

 

 

La Couv':

 

 

C’est édité chez qui ? Casterman

 

 

Déjà lu sur le site? Oui

 

 

Une planche:

 

 

Ca donne Quoi ? Alors que le III° reich vit ses dernières heures et que les troupes de Staline prennent le Reichstag, Evgeniya, jeune soviétique qui a menti sur son âge pour rentrer au NKVD, va rencontrer Ingrid, épouse d’un officier nazi qui subit depuis des semaines la répression des vainqueurs, avec tout ce que vous imaginez que cela sous entend de sévices.

Si au début l’allemande n’éprouve que haine et méfiance pour la russe, rapidement le fait qu’elles soient toutes deux bilingues et qu’elles écrivent un journal intime va rapprocher ces deux femmes ballotées dans un monde d’hommes.

 

Avec un sujet aussi fort il fallait se douter que Nicolas Juncker, adepte d’une BD historique à la fois documentée et très personnelle, allait réaliser un album marquant.

 

Seules à Berlin prend d’emblée son lecteur aux tripes par une alliance rare du fond et de la forme et la dureté des faits relatés qui pourtant ne le sont jamais avec crudité ou sensationnalisme. L’auteur choisit par exemple, pour raconter l’enfer vécu par Ingrid, de ne proposer que la lecture de son journal ; ou encore, il atténue le coté morbide de la recherche de la dépouille d’Hitler en inventant un officier Russe goguenard et cynique qui amène un second degré souvent salvateur.

 

 

Le trait de Juncker, en noir et blanc traversé de rares éclats de rouge sang, est à la fois réaliste dans ses décors et caricatural dans ses visages.

Comme c’était déjà le cas pour le très réussi La Vierge et la Putain, il est d’une grande originalité sur ce genre et n’en rend le message sur l’absurdité de la guerre et la cruauté des hommes, que plus  efficace.

Encore une belle réussite pour un auteur à part dans le paysage de la bd franco-belge.

 

 

 

 

 

LA MUSIQUE:

 

 

 

 

C'est quoi :EXODUS

 

 

C'est de qui ? W. Kilar

 

 

La Couv':

 

 

Déjà entendu chez B.O BD? Oui souvent.

 

 

On peut écouter ?

 

 

 

Ca donne Quoi ?  Longtemps avant de connaître le succès grâce à Coppola et le la consécration grâce à Polanski (et oui, hélas, personne n’est parfait), Kilar se partageait entre la musique de films dans sa Pologne natale et la musique classique. Exodus, inspiré de l’épisode biblique du même nom (et non, pas par Bob Marley), contient en substance tout ce qui a fait le génie de son auteur.

 

Outre les clins d’oeils appuyés au répertoire classique (Ravel et le Boléro en tête), joue sur des motifs répétés avec de subtils enrichissements au fur et à mesure que la pièce progresse. Ajout d’instruments, amplification des percussions, augmentation des volumes… Kilar crée une impression de mouvement vers l’avant, de grandeur.

 

On retrouve aussi ce qui a fait le succès du compositeur pour le 7° art, du Roi et l’oiseau à Dracula, à savoir ces notes et accords graves plaqués au piano qui crée, sinon des dissonances au sein des mélodies, un sentiment de tension voire de malaise.

 

Une œuvre très solennelle sans pour autant être dénuée d’une certaine légèreté qui s’immisce dans l’histoire des deux héroïnes de Nicolas Juncker pour la rendre encore plus poignante.

 

 

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Une Chronique de Fab

 

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 10:48
 

 

 

 

LA BD:

 

 

 

 

C'est quoi ?  VIVA L’ANARCHIE

 

 

C'est de qui ? B. Loth

 

 

La Couv':

 

 

C’est édité chez qui ? La Boite à Bulles

 

 

Déjà lu chez nous? Non

 

 

Une planche:

 

 

Ca donne Quoi ? Dans une époque comme la notre où les concepts même d’anarchie et de communisme sont devenus aussi nébuleux que désuets, voire péjoratifs, il est intéressant de se plonger dans cette double bio romancée de deux piliers du mouvement anarchiste du début du siècle dernier.

 

Bruno Loth évoque en effet dans Viva L’Anarchie, Makhno, l’ukrainien nourri aux théories de Bakounine et des autres théoriciens du concept qui, malgré l ‘emprisonnement, la répression tsariste puis le bolchevisme roué, ne reculera devant rien pour créer une armée révolutionnaire, et Durruti, antimilitariste prêt à passer de l’autre coté de la loi pour défendre ses idéaux, robin des bois espagnols dont le fruit des rapines servait par exemple a monter des libraires révolutionnaires.

 

Si les scènes de repas sont parfois un peu bavardes, et du coup peuvent paraitre didactiques, les flashbacks évoquant la vie des deux figures historiques sont prenants et bien narrés.

 

Le dessin, hérité de la ligne claire, est agréable et sert mieux son propos à mon goût que quelque chose de plus réaliste.

 

 

 

 

LA MUSIQUE:

 

 

 

 

C'est quoi : FOR WHOM THE BELL TOLLS ?

 

 

C'est de qui ? V. Young

 

 

La Couv':

 

 

Déjà entendu chez B.O BD?

 

 

On peut écouter ?

 

 

 

Ca donne Quoi ? Gen Nous avait proposé, il y a une paire d’années, la « suite » tirée par Victor Young en personne de son score pour l’adaptation du roman d’Hemingway sur grand écran.

Ici c’est de la partition d’origine qu’il s’agit, plus marquée peut être culturellement par une couleur hispanisante sur certains morceaux qui, dans notre cas, sont tout à fait d’actualité sur les flashbacks de la vie de Durruti.

 

Young, compositeur de l’Age d’Or d’Hollywood avait une expérience manifeste dans le grand spectacle, l’émotion ou encore l’expression des sentiments à grand renforts de crescendos de cordes ou de rugissements de cuivres ; ce sont tous ces aspects que l’on retrouve pèle mêle sur la B.O de Pour qui sonne le Glas ?  qui viendra enrichir le reste de l’album, avec une dimension parfois tragique des plus bienvenue.

 

 

 

 

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Une Chronique de Fab

 

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  • : "...ces illustrations sonores. On apprend toujours quelque chose avec elles. Y compris sur des œuvres qu'on a soi-même écrites." Serge Lehman. (La Brigade Chimérique, Metropolis, L'Homme Truqué)
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