22 juin 2016
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10:11
Petite entorse à nos habitudes, pas de BD jeunesse aujourd'hui (en même temps vous avez été servis la semaine passée).
LA BD:
C'est quoi : MARINA. RAZZIAS.
C'est de qui : Zidrou et Mattéo
La Couv':
Déjà lu sur B.O BD? Oui, sur les tomes précédents entre autre.
C’est édité chez qui ? Dargaud
Une planche:

Ca donne Quoi ? Un troisième volet des plus aquatiques pour Marina, puisque, pour les passages dans la Venise de 1345 du moins, puisque l’on y suit notre héroïne et son effrayant compagnon (et ex bourreau) perpétrer leur vengeance contre ceux qui leur ont fait du tort en attaquant avec méthode les convois maritimes marchands, affaiblissant ainsi la puissance commerciale de la Cité des Doges, au grand dam de ses notables.
Un tome que l’on pourrait qualifier de transitoire pour la série la plus « Dufauxienne » de l’infatigable Zidrou, où la personnalité impitoyable de Marina s’affirme et où les relations avec son paternel atteignent un point de non retour qui promet une conclusion fatidique.
Le trait de Mattéo est toujours le point fort de la série, la filiation avec le grand Juan Gimenez –tout en gardant une part d’originalité affirmée- se confirmant au fil des albums pour notre plus grand plaisir.
LA MUSIQUE
C'est Quoi ? DANTON
C'est de Qui ? Jean Prodromidès
La couv'

Déjà entendu chez nous? Oui
On peut écouter?
Ca donne Quoi ? Prodromidès, élève de Messiaen durant ses études au Conservatoire mais également amateur de musique sérielle et d’expérimentations sonores, a finalement peu œuvré pour le cinéma et c’est fort dommage quand on écoute ce qu’il a pu produire pour cette bio de Danton avec notre Gégé national (à moins qu’il ne soit toujours Russe ?). Loin de tout ce à quoi on aurait pu s’attendre pour un film historique, les compositions de Prodromidès se rapprochent plus de celles de Penderecki ou Ligeti, que les cinéphiles connaissent grâce, entre autre, à Kubrick et son Shinning. C’est bien simple, si l’on écoute cette B.O sans savoir pour quoi elle a été écrite on peut aisément la prendre pour une musique de film d’épouvante, c’est dire !
Si ce n’est quelques rappels de temps à autres, aucun thème dédié reconnaissable, aucune volonté d’unité mais plutôt un sentiment constant de malaise sous-jacent, matérialisé par une atonalité et même des dissonances proches parfois de l’expérimentation.
Une B.O qui calme très en phase avec la noirceur générale des Razzias de Marina.
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Une chronique de Fab
8 juin 2016
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13:36
C'est Mercredi, chronique d'un album multi-générationnel original:
LA BD:
C'est quoi : L’ECUREUIL. UN DEMON SUR LES TOITS
C'est de qui : Miallet, Grolleau, Bonelli-Cresta
La Couv':
Déjà croisés chez nous Pas tous.
C’est édité chez qui ? Sarbacane.
Une planche:

Ca donne Quoi ? Drôle de créature qui se balade sur les toits de la Capitale, en cet été de 1870 alors que la France et la Prusse viennent d’entrer en guerre. Chapardeur de bijou, admirant une jolie jeune femme captive d’un appartement sous les toits, notre écureuil vit sous la menace des malandrins d’un baron du crime qui ne supporte plus de le voir sur son territoire. La rencontre avec Victor Hugo va être déterminante pour notre inhabituel héros alors que les obus pleuvent sur Paris.
Cette fiction historique, destinée autant aux ados qu’aux adultes, fait preuve d’une belle originalité, naviguant sans cesse entre humour et drame, conjuguant des ambiances rappelant celles des Enfants du Paradis ou d’Arsène Lupin.
Le style graphique, lui aussi typé jeunesse est peut être la partie qui m’a le moins emballé, parfois un peu hésitante, très colorée mais, certes, originale.
LA MUSIQUE
C'est Quoi ? LES ENFANTS DU PARADIS
C'est de Qui ? M. Thiriet et J. Kosma
La couv'

Déjà entendu chez B.O BD ? Oui.
On peut écouter?
Ca donne Quoi ? Les Enfants du Paradis de Carné est considéré, à juste titre, comme l’un des chefs d’œuvre du cinéma Français. Tout, de son scénario à sa photo, en passant par son interprétation, concourt à cette réussite, et, bien entendu, sa musique n’est pas en reste.
Elle a été composée à quatre mains par Thiriet et Kosma, qui à l’époque du tournage (1945), écrivait sous le pseudonyme de Georges Mouqué en raison de ses origines. Si longtemps c’est Kosma qui a été seul évoqué concernant cette bande originale, il faut savoir qu’il est en fait l’auteur du ballet, Baptiste, entendu dans le film (et adapté d’une de ses précédentes œuvres) mais que c’est bel et bien Maurice Thiriet qui s’est chargé du reste de la partition. Tout comme sur Les Visiteurs du Soir, leur précédente collaboration, si l’inventivité et l’originalité sont les domaines de Kosma, Thiriet a quand même fait l’essentiel du travail en arrangeant et orchestrant les indications et autres bribes de composition de Kosma.
Des génériques des deux époques au thème de Lacenaire (ainsi qu’une poignée de chansons), Thiriet, en suivant l’esprit du ballet de Kosma, livre une musique grandiose, véritable pont entre le classique et le figuratif cinématographique sur laquelle planent les ombres de Kurt Weil ou de Bertolt Brecht.
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Une chronique de Fab
13 mai 2016
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17:34
LA BD:
C'est quoi : HAWKWOOD
C'est de qui ? T. Ohtsuka
La Couv':
Déjà lus chez nous ? Non
C’est édité chez qui ? Doki-Doki
Une planche:

Ca donne Quoi ? Vous vous souvenez peut être qu’il y a une quinzaine de jours nous avons chroniqué un album destiné à la jeunesse sur la Guerre de Cent Ans (édité chez Bamboo), nous revenons sur le conflit aujourd’hui via un medium inattendu puisque c’est une évocation de la vie de John Hawkwood, mercenaire et stratège célèbre qui, durant le conflit qui opposa la France et l’Angleterre passa d’une faction à l’autre sous différentes bannières mais toujours avec des résultats probants.
Dans le premier volet de cette série qui en comptera huit au total, Hawkwood et ses « Corbeaux Blancs » sont embauchés par les troupes françaises, assiégées à Carentan par les soldats d’Edouard à qui il va donner bien du fil à retordre avant de les rejoindre, dés le second, pour le siège de Caen.

Ohtsuka s’est amplement renseigné sur son sujet et cela se sent notamment via l’intervention de nombreuses figures historiques qui ont pris part au conflit, ou au détail apporté à la reconstitution historique. Les batailles sont épiques et le rythme narratif est soutenu.
Après, petit bémol perso, le style graphique est tout de même bien plus axé « manga » (comprendre « possède les caractéristiques que l’on croise habituellement dans le manga ») que sur d’autres séries « orientales historiques » (Cesare, La Princesse Vagabonde ou encore Ad Astra pour ne citer que ceux qu’on a chroniqué sur B.O BD), mais sans que ce soit vraiment gênant à moins d’être allergique au genre.
LA MUSIQUE
C'est Quoi ? SWORD OF THE VALIANT
C'est de Qui ? Ron Geesin
La couv'

Déjà entendu par ici ? Pas sur.
On peut écouter?
Ca donne Quoi ? Des libertés prises avec la légende arthurienne dont il est supposé s’inspirer au look hautement ridicule de Sean Connery, on pourrait presque plus classer ce Sword of the Valiant dans la catégorie du Holly Grail de Monthy Python que de l’Excalibur de Boorman.
Responsable d’une petite poignée de B.O au début des années 70, période où il collabore notamment avec les Pink Floyd et expérimente dans pas mal de domaines musicaux, le compositeur et multi instrumentiste Ron Geesin revient fugacement au grand écran en 84 et 85 pour deux autres obscures productions dont ce film de chevalier. Contre toute attente ses compositions pour Sword Of The Valiant restent relativement écoutable, compte tenu du parcours du bonhomme et de l’époque du film, et même assez classique.
De facture plus qu’honorable, l’orchestration sait faire la part belle à l’épique et au suspense bon ton sans verser dans la surenchère. Pour une évocation d’un conflit européen par un artiste japonais, nous n’étions plus à un décalage prêt et le résultat est assez sympathique.
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Une chronique de Fab
6 mai 2016
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14:18
LA BD
C’est quoi ? O VOUS FRERES HUMAINS
C’est de qui ? Luz adapte Cohen
La couv’ :
Déja croisés par ici? Non.
C’est édité chez qui ? Futuropolis.
Une planche:

Ca donne quoi ? Marseille 1905, le jour de son dixième anniversaire, alors qu’il se rend à l’école, le petit Albert s’approche d’un vendeur de rues qu’entoure une foule de badauds. Désireux d’offrir à sa mère l’un des produits que vend le camelot, le garçon l’accoste et s’entend répondre une tirade antisémite fleuve qui le laisse sans voix. Il s’enfuit alors de par les rues, dévasté par cette découverte de la haine.
Luz, qui, de haine, a eu son lot ces derniers mois, adapte ici d’une manière aussi inattendue que magistrale le roman autobiographique de Cohen. S’affranchissant des codes habituels du medium, il fait preuve d’une belle inventivité narrative qui retranscris avec force le propos du texte, exprimant le désarroi et l’incompréhension de l’enfant via des dessins où l’ombre d’un Sempé plane parfois, mais un Sempé grave, tragique et au service d’un message universel et pourtant toujours prêché dans le désert (la citation du titre de cette chronique est de Voltaire, c'est dire si c'est pas neuf!)

Une seconde jeunesse pour ce poignant témoignage que le dessinateur a fort bien su s’approprier.
LA MUSIQUE
C'est Quoi ? DEATH AND THE MAIDEN
C'est de Qui ? W. Kilar
La couv' :

Déjà entendu sur B.O BD? Oui
On peut écouter?
Ca donne quoi ? Pour sa première collaboration avec Polanski, Kilar est face à une tâche compliquée : compléter une bande son composée de pièces classiques connues et importantes dans l’intrigue sans les concurrencer à l’écran. L’artiste polonais s’en sort avec les honneurs, écrivant des thèmes discrets mais très efficaces qui véhiculent tout le désarroi du personnage principal mais également sa détermination morbide. La lente et inexorable montée en tension du suspense est palpable au travers de l’orchestration de Kilar, rappelant par moments furtifs ses travaux précédents, que ce soit dans le domaine classique ou pour le Dracula de Coppola.
L’exercice conviendra semble-t-il à Polanski puisque il confiera la même gageure à Kilar pour le Pianiste, dont le score sera récompensé d’un César.
Une B.O subtile voire subreptice qui captive l’auditeur et qui exacerbe le coté dramatique et inexorable d’ O Vous Frères Humains.
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Une Chronique de Fab
3 mai 2016
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11:23
LA BD:
C'est quoi : STUPOR MUNDI
C'est de qui : Nejib
La Couv':
Déjà croisé sur le site? Oui
C’est édité chez qui ? Gallimard BD
Une planche:

Ca donne Quoi ? Quand la science se met au service de la royauté pour embobiner la religion, le résultat peut faire mal.
Dans le sud de l’Italie, au XIII° siècle, un savant arabe, sa jeune fille handicapée et un étrange serviteur masqué en fuite se voient offrir l’hospitalité par Frederic II.
L’empereur qui n’est pas surnommé Stupor Mundi pour rien, désire revenir dans les bonnes grâces de la papauté. L’invention d’Hannibal, notre scientifique, l’intéresse donc au plus haut point puisque son prototype de Camera Obscura va lui permettre de fabriquer un faux-suaire.
Entre Houdê, sa progéniture récalcitrante qui cherche à retrouver la mémoire sur les évènements qui ont précipité leur départ de Bagdad, un prêtre bibliothécaire peu coopératif, et les réticences qui l’entourent de toutes part, Hannibal va voir sa tâche devenir bien ardue.

Changement total de registre pour Néjib qui, après son évocation de la jeunesse de David Bowie (Haddon Hall, déjà chez Gallimard), a imaginé, à partir d’éléments historiques existants et de diverses expériences personnelles, un conte surprenant qui se dévore malgré ses presque 300 pages où réalité et fiction se mêlent avec bonheur, le tout dans un style graphique très expressif qui n’est pas sans faire penser à celui d’un David B. par exemple.
LA MUSIQUE
C'est Quoi ? ANDREI RUBLEV
C'est de Qui ? Vyacheslav Ovchinnikov
La couv'

Déjà entendu dans le coin? Non
On peut écouter?
Ca donne Quoi ? Compositeur soviétique surtout versé dans le classique, Ovchinnikov a néanmoins à son actif une bonne douzaine de musiques de films, dont les deux premiers longs-métrages de son compatriote Tarkovski. Andrei Rublev raconte l’histoire d’un moine peintre d’icônes déchiré entre sa passion pour son art et sa dévotion. Tourné au milieu des années 60, le film tombera sous la coupe de la censure du Parti qui n’hésitera pas à le faire remonter, et même à l’interdire de diffusion en URSS pendant plus de 5 ans.
La musique, toute aussi marquante que les images qu’elle accompagne, est originale à plus d’un titre. Très éloignées des principes d’illustration filmique de l’époque (et pas qu’en URSS), les compositions d’Ovchinnikov opposent des instruments utilisés à contre-emploi (les cordes jouent très bas, les vents font de timides mais marquantes apparitions) à des choses bien moins reconnaissables, le tout en faisant des incursions dans la musique sérielle ou dans un minimalisme avant l’heure via des motifs répétitifs.
Le musicien s’est inspiré du caractère jusqu’au-boutiste du scénario pour laisser libre cours à son imagination faisant de la B.O d’Andrei Rublev une chose envoutante et indispensable. Si parfois un brin austère avec Stupor Mundi elle n’en reste pas moins fort souvent délectable.
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Une chronique par Fab