Déjà croisés sur le site? Dufaux oui, Terpant aussi je dirais.
Une planche:
Ca donne Quoi ? Suite à une sanglante bataille contre les troupes cosaques, Roger de Tainchebraye est défiguré à jamais.
Dorénavant il portera un masque qui lui vaudra le surnom de Nez de Cuir et qui ne l’empêchera pas, bien au contraire, de vivre une vie de libertin débauché et cynique.
Jusqu’à ce qu’il rencontre Judith de Rieuses, jeune femme pure et vraie dont il tombe amoureux, pour leur plus grand malheur à tous les deux.
Jean Dufaux trouve dans le texte de De la Varende terreau fertile à sa verve romantique, le background napoléonien permettant à Jacques Terpant de réaliser de superbes planches que ce soit dans les paysages bucoliques, les intérieurs riches ou encore une belle galerie de personnages.
On regrettera peut être que ce Barry Lyndon à la française n’ait pas plus de pages qui auraient donné plus de matière épique ou aventureuse mais on ne pourra reprocher aux auteurs d’avoir su faire souffler l’esprit passionné du roman.
LA MUSIQUE:
C'est quoi : JANE EYRE
C'est de qui ? D. Marianelli
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Oui une poignée de fois.
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Je reste persuadé qu’aujourd’hui, peu de compositeurs ont réellement l’occasion de s’exprimer, de faire montre de leur talent, ceci du en grande partie au fait d’une production de plus en plus formatée qui attend des partitions lambda qui rentrent dans des carcans musicaux.
Heureusement Dario Marianelli, au fil d’une carrière parcourue de projets parfois risqués parfois balisés, a su développer une vraie identité d’écriture notamment sur des films où la romance est souvent le maître mot.
Sur cette récente adaptation du Jane Eyre de Charlotte Brönte, il livre une suite de thèmes aux tessitures riches, dominés par un violon soliste inspiré et, surtout, exploité sur une large échelle.
Marianelli retranscrit également l’aspect dramatique et gothique de l’histoire via l’intervention de la harpe et du piano ainsi que, dans une moindre mesure, les instruments à vents.
Si cette B.O sonne plus classique que certains des grands scores de son auteur (Agora, V pour Vendetta, …) il n’en possède pas moins cette classe romantique indéniable qui est la marque des grands.
Ca donne Quoi ? The Bridge est une évocation fouillée et souvent émouvante de la création du pont magistral qui relie New York et Brooklyn, par la famille Roebling et les dizaines d'hommes qui les ont accompagnés dans cette entreprise dantesque.
Construction qui durera près de quinze ans et coûtera la vie au père- John-, la santé au fils – Washington -dont l'épouse - Emilly- prendra la relève quand il ne pourra plus se rendre sur le chantier.
Voilà Peter Tomasi bien loin de son champ d'action habituel puisque on le croise en général sur du récit de super héros.
Il a choisi de s’intéresser à un destin hors du commun tout comme le monument dont il est question.Fort documenté et bien narré, l'album aurait cependant gagné à être plus concis parfois.
Le trait de Sara Duvall surprend de prime abord avec ce style qui emprunte aux cartoon mais aussi un peu à une certaine école du manga, mais se révèle rapidement très adapté à un scénario auquel elle apporte une touche d'originalité souvent bienvenue
LA MUSIQUE:
C'est quoi : THE KING'S SPEECH
C'est de qui ? A. Desplats
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Oui.
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Intéressante partition de Desplats qui, souhaitant coller à la particularité du scénario, a produit un travail poussé sur la gestion des silences du rythme et de la sonorité de sa musique.
Fidèle à certains de ses instruments de prédilection, le piano et les cordes ici, le compositeur français les enrichit de çi de là avec un hautbois et une harpe, insistant sur le caractère triste du film, poussant même le concept jusqu'à opter pour une approche voisine du minimalisme dans la répétition d'un thème à peu de notes pour illustrer le problème d'élocution du Roi.
Un score inhabituel et très réussi, qui sera d'ailleurs nommé aux Oscars, et qui, grâce à son ambiance aérienne mais profonde, accompagne bien l'épopée de la construction du pont de Brooklyn.
Ca donne Quoi ? Personnalité fascinante que celle de George Orwell, nom de plume d’Eric Blair qui, après une scolarité à Eton, et cinq années de service militaire en Birmanie décide de voir le monde et sa misère par lui même.
Ses errances des bas fonds londoniens en compagnies des laissés pour compte, à la guerre civile espagnole alimenteront ses premiers écrits.
Clairvoyant face à la politique (il défend une vision pure et radicale du socialisme et méprise les détournements et abus d’un Staline entre autre), journaliste et romancier visionnaire, Orwell est un peu le chainon manquant entre un Albert Londres er un Jack Kerouac, un auteur passionnant et passionné.
A 80 ans passés, le scénariste de Valérian et compagnon de route indissociable de Bilal, prouve s’il était besoin qu’il est toujours aussi doué en livrant une biographie jamais didactique, miroir d’une époque, où il évoque avec respect et talent un auteur hors norme en opérant des choix narratifs payants.
Ainsi, au trait réaliste soigné old school en noir et blanc de Sébastien Verdier, s’opposent des styles parfois aux antipodes que l’on doit à des pointures comme Larcenet, Blutch, Guarnido, Julliard ou encore Bilal.
Ces derniers illustrent chacun une double page en couleur évoquant les œuvres marquantes d’Orwell, disséminées au fil d’un album qui rend hommage à son modèle et se conclue en évoquant l’héritage culturel de l’écrivain de façon fort lucide.
LA MUSIQUE:
C'est quoi : THE NIGHT OF THE FOLLOWING DAY
C'est de qui ? S. Myers
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Il me semble.
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Dans l’hasardeuse filmographie de Marlon Brando, traversée d’autant de chefs d’œuvres que de ratés, on trouve cette Nuit du lendemain, tournée à Paris par un réalisateur américain amoureux de la capitale française et de la Nouvelle Vague mais moins regardant sur la teneur d’un scénario semble t-il.
Nonobstant le caractère anecdotique du long métrage, la B.O, signée Stanley Myers, mélange jazz smooth et musique d’ambiance à la limite parfois de l’expérimental, notamment dans son utilisation d’instruments à cordes comme percussions rythmiques ou encore d’effets musicaux originaux.
Myers début sur grand écran mais a déjà derrière lui une expérience de la musique illustrative pour des séries tv.
Le mélange des genres est intéressant car intelligemment pensé, ne favorisant ni l’un ni l’autre des domaines et est plutôt représentatif d’une certaine époque tout en restant une solide musique avec une certaine dose de suspense.
Ca donne Quoi ? Nos vierges vikings, guidées par la féroce et fière Alwilda échappent de peu à une tempête et à une mutinerie avant d’arriver sur un rivage gelé où elles vont établir leur campement, construisant maison et sauna.
Mais la traitrise de l’une d’entre elle et le retour du terrible Alf, rendu manchot par Alwilda, vont mettre en péril leur paix retrouvée.
Les vikings ont le vent en poupe depuis quelques années et une paire de séries tv plutôt réussies, pas étonnant de les voir repointer leurs drakkars en BD. Le premier volet de la nouvelle série de J.Y Mitton partait sous des auspices plutôt réussi mais force est de reconnaître que cette suite m’a bien moins convaincu.
Si coté graphismes le dessinateur de Vae Victis n’a rien perdu de son talent, le scénario ici n’arrive jamais à vraiment décoller, trop bavard peut être, et ce malgré des péripéties aussi nombreuses qu’attendues.
Mitton était plus inspiré sur Messalinapar exemple, et ce malgré un genre moins « ouvert » (si je puis dire !).
LA MUSIQUE:
C'est quoi :OUTLAW KING
C'est de qui ? Grey Dogs
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Non
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Difficile de trouver des informations probantes sur qui se cache derrière Grey Dogs, groupe (?) qui a composé la B.O du film historique Outlaw King produit par Netflix
Néanmoins ce qui est sur c'est qu'ils s'y connaissent en ambiance médiévale, leurs compositions n'étant pas sans rappeler les meilleurs passages des scores de GoT, voire de Vikings ou, à l'autre bout du spectre, les adaptations de pièces traditionnelles par des combos comme Hesperion (pas mal de crans en dessous cela étant).
Le morceau final du film est d'ailleurs une réinterprétation d'une musique d'époque.
Une B.O assez courte, tout du moins, dans sa version commercialisée, qui possède néanmoins assez de passages forts en émotion ou en élans épiques pour mettre un peu de piquant à la lecture du second volet d'Alwilda.
La toute dernière page entièrement réalisée par Hal Foster
Ca donne Quoi ? Alors que je suis religieusement la réédition soignée de chez Fantagraphics de Prince Valiant, qui a su garder -contrairement à Soleil qui a stoppé la parution au cinquième - un rythme de parution de croisière de deux albums par an (chacun couvrant deux années de parution de l’époque), je viens de réaliser que je n’avais plus chroniqué de volumes depuis 2017 !
Profitons du cycle estival Oldies but Goldies pour remédier à ce manque, Prince Valiant étant sans nul doute le comics qui peut le plus prétendre à cette appellation.
1971 est une année charnière s’il en est, Foster, 79 ans au compteur, dont 34 passés à dessiner les aventures de son héros arthurien, cherche un repreneur pour son strip. Après avoir fait passé des tests à des artistes aussi prestigieux que Wallace Wood, Russ Maning ou Gray Morrow qui ne lui convienne pas pour diverses raisons : l’un s’approprie un peu trop le strip, un autre dessine des décors peu fouillés, les personnages sont parfois méconnaissables, et, surtout, les délais à tenir risquent d’être trop tendus pour cette nouvelle génération.
La page de Wallace Wood
Celle de Gray Morrow
C’est donc à John Cullen Murphy qu’échoue la lourde tâche de succéder au maître. Brian Kane, spécialiste de Foster, me confiait que Murphy avait été choisi pour sa capacité à suivre les directives du père de Valiant, de respecter les croquis fournis par Foster en personne (ainsi que ses scénarios) et, surtout, avait une famille nombreuse à nourrir et était donc tenu aux impératifs de livraison des planches.
Alors évidement, au fil des pages, on note que le trait est moins soigné, les décors moins détaillés, les fonds parfois composés seulement d’une couleur unie en lieu et place de paysages chatoyants ; mais faisons contre mauvais fortune bon cœur, l’humour et l’aventure sont toujours là et l’esprit du strip est intact.
John Cullen Murphy
Arn, le fils de Valiant et Aleta, a bien grandi et à plusieurs reprises c’est lui qui tient le rôle principal des aventures.
J’étais décidé à arrêter d’acheter les volumes après le 19°, qui vient de paraître et qui contient la Chanson de Bernadette, adaptée par Foster et introuvable depuis des lustres ; mais gageons que mon amour du personnage et de sa mythologie l’emportera encore sur quelques années !
LA MUSIQUE:
C'est quoi : THE BLACK KNIGHT
C'est de qui ? J. Addison
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Oui
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Brian Kane, décidément une mine d’or pour tout ce qui touche à Prince Valiant, rapporte dans le volume 9 de l’anthologie qu’à l’époque où une adaptation au grand écran du héros de Foster est de rigueur, la MGM traine des pieds et laisse filer l’option sur le scénario de Alec Coppel qui va sonner à la porte des studios voisins, la 20Th Century Fox, pour faire The Black Knight.
Si le film n’est pas une franche réussite, en partie à cause d’un casting hasardeux (Ladd cachetonne, Rathbone en sarrasin peine à convaincre) la partition de John Addison, alors encore passablement inconnu à Hollywood – sa carrière ne décollera vraiment qu’une décennie plus tard avec le score de Tom Jones) – vaut elle d’être redécouverte.
Le compositeur britannique a jusqu’alors essentiellement mis en musique des thrillers ou des films d’espionnage, pourtant son bagage classique lui permet de créer des thèmes aussi riches que variés où il exalte, via les cuivres essentiellement, une ambiance épique et d’aventure.
Si il n’aborde que peu l’aspect médiéval, les couleurs musicales qu’il choisit sonnent tout de même bien historique même si c’est la version hollywoodienne de l’histoire.
De la B.O aussi old school et bon enfant que ces deux tomes de Prince Valiant.
:
Conseils d'écoutes musicales pour Bandes Dessinées
:
"...ces illustrations sonores. On apprend toujours quelque chose avec elles. Y compris sur des œuvres qu'on a soi-même écrites." Serge Lehman. (La Brigade Chimérique, Metropolis, L'Homme Truqué)