Ca donne Quoi ? Partie d’un canular la renommée des Sœurs Fox a dépassé toutes leurs attentes et leur sœur ainée a fait fructifier ce succès, faisant des pseudos-spirites la coqueluche du tout New York et initiant une flambée de vocations plus ou moins avérées.
Mais la célébrité ne vient pas sans risques et quand Maggie se mérite avec un explorateur de renom dont la famille est cartésienne au possible, conjuguer ses séances et sa vie privée devient une gageure. A la mort de son nouvel époux notre héroïne craque et devient alcoolique, décidant même de se saborder en révélant au monde l’arnaque de leur supposé don.
Dans le sillon de ce naufrage elle entraîne irrémédiablement le journaliste amoureux transi, ses sœurs et leurs enfants.
Voici, trois ans après un intriguant tome 1, la suite et fin du drame historique de Charlet et Charlot avec toujours cet intéressant lien du fond et de la forme, le trait quasi expressionniste du premier servant à merveille le scénario tragique de ces destins brisés, dépassés par le phénomène qu’ils ont contribué à rendre célèbre. Une belle évocation de la grande Histoire par la petite qui fait des Soeurs Fox un diptyque original et prenant.
LA MUSIQUE:
C'est quoi : THE LITTLE THINGS
C'est de qui ? D. Newman
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Oui.
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Mine de rien, Thomas Newman, si moins sous les projecteurs que, par exemple, Zimmer et ses décalcomanies de l’écurie Remote Control, est un compositeur qui pèse dans le domaine depuis pkus de 40 ans.
Rien que la dernière décennie l’a vu mettre en musique deux James Bond et écrire pour des pointures comme Spielberg ou Soderbergh.
Loin du sensationnalisme bruyant des faiseurs cités plus haut, l’américain sait se distinguer par une efficacité parfois minimaliste qui met en avant les images plutôt que de chercher à se rendre voyant (enfin audible pour le coup).
Nouvelle preuve avec ce thriller au casting trois étoiles (trois Oscarisés même) où, sur une base de piano solo inquiétant et mélancolique à la fois, Newman ajoute des effets de réverb, des plages sonores aussi planantes qu’inquiétantes et quelques passages plus tendus où une rythmique synthétique syncopée vient s’inviter à la fête.
L’ambiance est donc le maître mot ici et, malgré un décalage certain entre la BD et la musique, les deux fonctionnent avec une osmose intéressante.
Ca donne Quoi ? Si la famille Sforza est surtout connue pour ses « interactions » avec les Borgia, il ne faut pas pour autant minimiser l’importance de cette lignée dans l’histoire de la Renaissance. On peut compter sur Jean Pierre Pécau, scénariste chevronné, amateur autant d’Histoire que d’uchronie pour réparer cet éventuel oubli.
Dans l’excellente collection des Reines de Sang – que j’ai un peu délaissé je l’avoue malgré mon enthousiasme pour ses premières séries- il évoque le destin de Catherine Sforza, jeune femme aux idées et aspirations fort en avance sur son temps qui n’hésites pas, dès les premières années de son règne de princesse, à prendre les armes pour défendre une place forte, à braver les convenances et à fomenter des alliances tout en échappant aux manigances et autres tentatives d’assassinats de ses nombreux rivaux.
Une série de vulgarisation à la hauteur de ses aînées, et même si j’ai trouvé le trait de Gabriele Parma moins flamboyant que certains de ses prédécesseurs il faut lui reconnaître un vrai talent dans la reconstitution historique.
LA MUSIQUE:
C'est quoi :OPHELIA
C'est de qui ? S. Price
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Oui
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? On peut regretter à l’écoute de la B.O de cette version d’Hamlet qui met en avant le personnage de la pauvre Ophélia (jouée par une jeune Jedi), qu’un quelconque contexte historique n’ait été envisagé si ce n’est par l’usage de l’instrument probablement le plus réhabilité ces dernières années, à savoir le violoncelle.
Cela étant on peut reconnaître à Steven Price d’avoir su retranscrire toute la mélancolie puis la tragédie de l’histoire via des mélodies aux arrangements et variations parfois intéressants où les flutes et les voix se posent plutôt bien.
Probable qu’un autre de ses pairs aurait plus subtilement et efficacement troussé la chose mais en l’état, et en tant que bande son de ce nouveau diptyque des Reines de Sang, la B.O d’Ophélia reste agréable à écouter même si loin d’être inoubliable.
Ca donne Quoi ? A la fin du XIII° siècle en Amérique, les Dragons espagnols patrouillent à la frontière du Nouveau Mexique qui est encore possession de leur empire. Un jeune fils à papa engagé comme cadet dans l’armée va partir à la rescousse d’une religieuse enlevée par les Apaches, forçant son supérieur à lui porter assistance. Les deux soldats se retrouvent bientôt dans une bien fâcheuse posture.
Un western atypique coté protagonistes puisqu’en lieu et place de cow boys ou de soldat bleus on a des Dragons espagnols, mais au scénario au final assez classique (l’enlèvement d’une « blanche » par des indiens étant un lieu commun dans le genre) plutôt bien traité ici avec un premier volet plein de rythme.
La série bénéficie surtout du trait semi réaliste riche et expressif d’Ivan Gil, artiste espagnol qui retrouve ici, après deux séries Napoléoniennes chez nous, la BD historique, toujours avec ce souci du détail et ce sens du découpage.
LA MUSIQUE:
C'est quoi :LA VILLE SANS LOI
C'est de qui ? R. Webb
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Oui
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Tout comme le sujet de la BD du jour, le scénario de cet honnête western de série B prend pour cadre une étrangeté du temps du far west, à savoir une portion géographique au sud du Kansas qui n’était sous aucune autorité juridique et où Jesse James, le brigand bien aimé, va sauver la vie à un homme de loi parti le traquer.
La musique est signée Roy Webb alors compositeur en résidence chez RKO pour lesquels il compose du score au kilomètre. On note finalement assez peu de western dans sa filmographie et l’on ne s’étonnera d’ailleurs pas qu’il reprenne des thématiques écrites deux ans auparavant pour Tall in the saddle un autre film du genre où John Wayne tient le rôle principal.
Badman territory souffre d’un problème de rythme au niveau du scénario et cela se ressent dans la partition de Webb, quasi entièrement dédiée à l’action et au suspense bon ton de l’époque avec tous les gimmicks du western en prime. Par contre sur ce premier volet des Dragons c’est juste ce qu’il fallait comme accompagnement.
Ca donne Quoi ? La Russie, 1812, alors que les armées de Napoléon subissent la débâcle de la campagne guerrière menée par l’Empereur, un jeune garçon naïf enrôlé comme tambour ne va devoir son salut qu’à son minois angélique.
Vincent survit en effet à la Bérézina, à Moscou enflammée et à la catastrophique retraite dans les étendues gelées grâce à une certaine fascination qu’il exerce bien malgré lui sur les gens qu’il rencontre, du curé au sergent recruteur, en passant par un gradé désabusé, un géant protecteur ou encore des paysans locaux, notre innocent héros va traverser l’Histoire et survivre pour la raconter à un illustre visiteur venu, bien des années plus tard, recueillir son témoignage.
Magnifique album une fois encore de la part de Simon Spruyt, en couleurs directes, tout aux aquarelles et aux crayons, à l’ancienne, pour un résultat qui transcende son sujet.
La petite histoire dans la grande fonctionne ici à merveille. A la sauvagerie de son contexte historique il oppose un style graphique toujours aussi original qui emprunte à la fois à la BD jeunesse et à l’illustration old school avec des choix de colorisation et de cadrages très réussis.
LA MUSIQUE:
C'est quoi : SYMPONIE N° 7
C'est de qui ? S. Prokoviev
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Souvent.
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Intéressante pièce de l’un des plus célèbres compositeurs russe (et de loin mon préféré) la symphonie n°7 mélange le caractère enjoué de l’enfance et l’esprit martial de la Russie avant et pendant l’arrivée des soviets au pouvoir.
Composée un an avant sa mort, cette ultime symphonie est empreinte de la mélancolie douce-amère que Prokoviev dut ressentir à cette époque trouble de son existence, continuellement mis à l’index par le régime stalinien, malade et détaché de ses proches.
Cette sorte de testament musical fait le lien entre deux extrêmes dans l’œuvre du russe, on y retrouve la légèreté et l’expressivité de Pierre et le Loup, via notamment l’utilisation des bois et des cordes, mais aussi la puissance et la gravité d’un Ivan le Terrible dans les percussions endiablées et les cuivres martiaux.
Une symphonie magistrale qui va comme un gant à ce one shot aussi original qu’inspiré !
C'est de qui ? Jean-Louis Robert et Carole Trébor (scénario) – Nicola Gobbi (dessin)
La Couv':
Déjà croisés sur BO BD ? non
Une planche:
Ça donne Quoi ? L'histoire démarre dans une prison flottante en rade de Brest en mars 1872. Raoul Avoir écrit à sa mère pour lui raconter ce qui s'est passé depuis 1 an, c’est-à-dire depuis que la Commune de Paris a commencé. Il lui raconte la lutte des communards, la misère des parisiens et sa propre implication dans les évènements. Surtout ce qui s'est passé quand il a été nommé commissaire de Plaisance et qu'il a découvert que des crimes affreux étaient commis en suivant les estampes de la série "23 meurtres célèbres en vers" du maître Taiso Yoshitoshi. Mais Raoul n'aura pas le temps de réellement boucler l'enquête avant que la Commune ne se termine dans le sang.
La grande originalité de cet album est que l'histoire inventée est entrecoupée de documents d'époque comme les décrets de la Commune, des caricatures et photos. Il faut préciser que les 2 scénaristes sont des historiens à la base. J'en ai plus appris sur la Commune et ce qui s'est passé à ce moment-là avec ce livre que pendant mes études. La Commune était plutôt présentée dans mes cours comme une rébellion vouée à la disparition dès le début et menée par des irresponsables.
La leçon d'Histoire est intéressante mais, sans les dessins de Nicola Gobbi, elle serait un peu difficile à suivre. Ses crayonnés en N&B à peine soulignés de crayon rouge pour quelques détails (sur un vêtement ou des joues qui rosissent, par exemple) ou pour les scènes de crimes sont superbes et d'une fluidité exemplaire. Les décors sont réalistes et les personnages expressifs.
Une postface m'a appris que l'amnistie a été votée en 1880 sous l'impulsion de Léon Gambetta en particulier… et aussi qu'il a fallu attendre 2016 pour que les victimes de la répression de 1871 soient réhabilitées.
LA MUSIQUE
C'est Quoi ? SPARTACUS
C'est de Qui ? Alex North
La couv'
Déjà entendu chez nous ? oui
On peut écouter ?
Ça donne Quoi ? Alex North fait partie des grands compositeurs de musiques de films d'Hollywood avec quelques mémorables bandes sons dont celle de Spartacus. Stanley Kubrick refusera le travail d'Axel North 8 ans plus tard pour 2001, l'odyssée de l'espace, mais il a gardé le travail fait sur le grand péplum à la gloire de la révolte des esclaves contre l'Empire Romain.
Certains pourront trouver étrange mon choix mais le début du morceau a la douceur convenant à la relation entre Raoul et Nathalie et aussi à la mise en place de mesures pour mettre en place un gouvernement social, et la fin avec ses clairons clinquants convient parfaitement à l'écrasement du mouvement par la force et aux centaines de malheureux fusillés sans pitié.
Quand deux révoltes se répondent pars leurs rêves de fraternité et leurs fins tragiques.
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Conseils d'écoutes musicales pour Bandes Dessinées
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"...ces illustrations sonores. On apprend toujours quelque chose avec elles. Y compris sur des œuvres qu'on a soi-même écrites." Serge Lehman. (La Brigade Chimérique, Metropolis, L'Homme Truqué)