Ca donne Quoi ? Nous avions laissé nos enquêteurs face à une machination qui les dépassait, au sein de Karma City concept remis en cause par l’action même de certains de ses plus hauts dignitaires.
Séparés, ils vont tenter de faire éclater la vérité, face à une riposte armée, des ennemis dans tous les coins et, surtout, une intelligence artificielle absolue qui maîtrise la physique quantique et les réalités parallèles !
Le premier et enthousiasmant tome de Karma City, paru il y a déjà trois ans, s’apparentait à une sorte d’enquête d’anticipation sur un fond d’utopie sociétale, avec un casting attachant et bien campé. Cette suite vire plus métaphysique avec un développement des pistes quantiques amorcées dans le précédent.
Si le scénario aurait à mon sens gagné à être un peu allégé sur les explications scientifiques plus ou moins réalistes, l’action est néanmoins souvent au rendez-vous et ce cocktail SF donne l’occasion à Garbrion de proposer des compositions graphiques souvent à la limite de l’expérimental dans un genre que ne renierait pas un Dave Mc Kean ou le J.H. Williams III de Prométhéa.
LA MUSIQUE:
C'est quoi : AVALON
C'est de qui ?K. Kawai
La Couv':
Déjà croisé dans le coin? Pas sur
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Après le succès de Ghost in the shell, les producteurs français se sont dit qu'il serait probablement rentable de distribuer Avalon, la réalisation suivante de Mamoru Oshii, dans le réseau hexagonal.
Je ne sais si bien leur en a pris, toujours est-il que les deux long métrages sont fort différents et que le je me souviens avoir été plutôt hermétique au second.
Point commun des deux films : leur compositeur. Kenji Kawai collabore ici pour la troisième fois avec Oshii qui, contrairement à Ghost in the shell, lui demande d'utiliser un orchestre classique ainsi que des choeurs lyriques.
Kawai n'en délaisse pas moins les percussions folkloriques éparses et asynchrones et une basse omniprésente que viennent renforcer des éclats d’électronique aussi étranges que décalés.
On notera par exemple ce même thème joué tantôt par une section de cordes tantôt au synthétiseur pour un résultat étonnant.
La B.O d'Avalon fait la part belle à l'introspection, l'atmosphérique, avec une certaine froideur assumée, sans pour autant manquer de passages plus enlevés ; le tout est fort intéressant en accompagnement de cette suite de Karma City.
Ca donne Quoi ? Philipppe Foerster a beau être moins présent depuis ses prolifiques strips qu'on s'arrachait dans le Fluide Glacial mensuel, il nous gâte régulièrement par des recueils du même jus.
Si on peut regretter l'abandon de l'élégante bichromie utilisée dans Le Confesseur Sauvage, le noir et blanc original revient tout comme l'originalité avec ce fil rouge ténu entre philosophes d'outre-tombe et leur vocabulaire improvisé et fort perché.
Ce nouvel album se compose 3 histoires dont la principale peut être reliée à son œuvre précédente, Foerster continue d' y être inventif avec cet univers horrifique quotidien dont les règles n'appartiennent qu'à lui et qui nous surprennent sans cesse. Il se permet même par de splendides esquisses de pleine page de nous affoler les mirettes.
Si un air de gravité n'est peut-être pas la meilleure porte d'entrée pour apprécier ce précieux univers, il est indispensable pour les amateurs du genre humour noir. La conclusion est même particulièrement glaçante en soulevant quelques idées sur notre prédestination.
Ca donne Quoi ? A la fin du XVIII° siècle, en Amérique, un jeune garçon est enlevé à sa famille par des indiens qui veulent remplacer le fils perdu de la femme du chef.
John Tanner, c’est son nom, va vivre dès ce moment une enfance et une adolescence difficile au sein d’un peuple qui n’est pas le sien et dont la plupart des membres ne l’acceptent pas, jusqu’à être racheté par une autre indienne qui va l’emmener dans ses périples.
Un beau récit initiatique, dans la lignée de certains classiques du genre comme Jéremiah Johnson ou Le Dernier des Mohicans, tiré d’une histoire vraie que Christian Perrissin - qui s'y connait en biographies en BD - rend attachante en appuyant sur son coté dramatique sans pour autant tomber dans le pathos.
Il peut compter sur le trait réaliste très old school de Boro Pavolovic qui fait partie de cette génération de dessinateurs slaves qui, depuis quelques années, emmenés par des gens comme Roman Surzhenko, percent en France pour notre plus grand plaisir.
Son dessin est par ailleurs fort bien mis en valeur par le travail d’Alexandre Boucq, coloriste original et talentueux qui a le mérite de garder sa personnalité dans une époque souvent formatée par le style digikore.
LA MUSIQUE:
C'est quoi :UN HOMME NOMME CHEVAL
C'est de qui ? L. Rosenman
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Une poignée de fois oui.
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? La musique de Rosenman s’est imposée d’elle-même pour la lecture de ce premier volet de John Tanner ne serait-ce que par l’utilisation intensive et intelligente de chants indiens et d’instruments rythmiques et percussifs aux sonorités très tribales.
Le scénario du film évoque lui aussi le parcours initiatique d’un blanc qui embrasse la culture indienne, avec des passages de rites durs, moments forts dramatiquement, que Rosenman rend à merveille dans sa partition.
Innovante, voire audacieuse à une époque où les codes de la musique western aux States étaient encore très balisés dictés par ceux de la décennie précédente, la musique de A Man Called Horse est une réussite indiscutable dans sa forme comme sur le fond, apportant une vraie richesse aux images du film (et, le cas échéant, à l’album BD du jour) et ouvrant aux scores à venir des perspectives rafraichissantes.
Ca donne Quoi ? Après s'être persuadé que, pour le bien être de l'humanité (comprendre : le sien) il peut sans remords assassiner une prêteuse sur gages dont l'avarice n'a d'égal que le grand âge, l'étudiant Raskolinov passe à l'acte.
Hélas pour lui la jeune sœur de sa victime est témoin de la scène et notre meurtrier improvisé doit s'en débarrasser aussi.
Bientôt rongé par la culpabilité, Raskolinov doit faire face à l'interrogatoire d'un enquêteur vicieux et à l'arrivée de sa famille.
Décidément cette rentrée BD est placée sous le signe des adaptations littéraires ! Rien qu'avec celle que nous avons croisées chez nous ce mois ci on aurait pu faire une semaine de cycle thématique ininterrompu.
Last but not least le chef d’œuvre (si, si, j'insiste!)de Dostoïevski passe par la case bulles et cases sous le pinceau inspiré de Bastien Loukia. Si le jeune auteur français opère forcément quelques coupes franches dans le foisonnant matériau d'origine, sa version conserve l'intensité du roman intacte.
Il retrouve via un découpage et une mise en scène bien pensée cette alliance du fond et de la forme intrinsèque à la réflexion de Dostoïevski sur la société de son époque, le sens moral (et son absence), les liens familiaux ou encore le capitalisme.
L'album est réalisé dans un style semi réaliste tout à l'aquarelle et le choix des couleurs et tons se révèle idéal pour évoquer le Saint Pétersbourg de la fin du XIX° siècle.
LA MUSIQUE:
C'est quoi : THE RAIN HORSE
C'est de qui ?J. Zorn
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD?Oui
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Roi Midas de la musique, transformant ses centaines (si, si !) de projets en or pur, John Zorn ne pouvait pas ne pas se pencher sur la B.O de film.
Pourtant, en 25 années dans la discipline, et autant d’albums (tous intitulés Film Works et numérotés), ce compositeur hors norme n’aura jamais intéressé le cinéma mainstream. Qu’à cela ne tienne Zorn a enchainé les projets, dans des genres et domaines aussi divers que variés mais toujours avec une furieuse originalité.
The Rain Horse, dont on retrouve l’intégralité sur Film Works XIX a été écrite pour un moyen métrage d’animation russe sur la vie et la mort d’un …cheval.
Zorn propose une partition pleine de classe jazzy, qui se pare des influences juives de son auteur et oscille sans cesse entre un jazz soft descriptif et une mélopée folklorique digne de la série Masada, autre grand pilier de la carrière de Zorn.
L’alternance de sonorités slaves et d’ambiances sourdes amène un contrepoint parfois quelque peu déstabilisant mais non dénué de sens et de profondeur sur cette version en BD de Crime et Châtiment.
Ca donne Quoi ? Notre philosophe vieillissant s’est lassé des mondanités et des romances sans lendemains jusqu’à ce qu’il tombe sur la perle rare, Madame du Châtelet, esprit brillant s’il en est, aussi intelligente que fine, qui lui redonne des ailes.
Voilà Voltaire reparti pour un tour, qui « fait le jeune », se relance à corps perdu dans l’écriture et dans la cour à une belle qui sait d’ailleurs se faire désirer. Et quand enfin nos deux tourtereaux se tombent dans les bras, la romance fait des vagues !
Second tome du déjà très réussi Voltaire Amoureux, cette suite est encore plus drôle, intelligente et sensuelle. Alliant le fond et la forme, Oubrerie développe ici les idées de son modèle lui faisant émettre des réflexions sur la société et le pouvoir qui résonnent encore fort d’actualité aujourd’hui.
Le dessin aérien et voluptueux à la fois, sert à merveille le propos de cette biographie romancée comme on aimerait en lire plus souvent.
LA MUSIQUE:
C'est quoi : MOLIERE
C'est de qui ? F. Talgorn
La Couv':
Déjà entendu chez B.O BD? Une poignée de fois.
On peut écouter ?
Ca donne Quoi ? Pensée dans la grande tradition des films en costumes où le gratin du cinéma français rivalise de cabotinage (Romain « Auberge Espagnole » Duris en tête), cette bio de Molière par Laurent Tirard choisit une période peu connue de la vie de l’auteur afin de mieux broder dessus.
J’ai été des plus surpris de retrouver le nom de Frederic Talgorn au générique, connaissant surtout le compositeur pour son travail sur la suite de Heavy Metal et le plus oubliable Fortress (oui, celui avec Christophe Lambert, bienheureux ce qui n’ont jamais vu cette purge).
Agréable surprise cela étant puisque sa partition, si elle s’inspire de la musique d’époque, notamment avec l’utilisation d’un clavecin et l’omniprésence des cordes, reste néanmoins assez moderne dans l’esprit avec un humour et une légèreté constants.
Le thème principal, très catchy, revient assez souvent tout au long de la galette sans pour autant sonner redondant.
Talgorn n’en laisse pas pour autant de côté les quelques scène plus graves du film avec, là encore, une poignée de pistes plus mélancoliques sans pour autant tomber dans la mièvrerie.
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Conseils d'écoutes musicales pour Bandes Dessinées
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"...ces illustrations sonores. On apprend toujours quelque chose avec elles. Y compris sur des œuvres qu'on a soi-même écrites." Serge Lehman. (La Brigade Chimérique, Metropolis, L'Homme Truqué)