12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 10:00

 

 

Deuxième partie de notre cycle Rock n' BD. Après les chroniques de Gen consacrées aux bandes dessinées dont les histoires parlaient de rock, voici venu le temps des portfolios et des essais qui reviennent sur des figures incontournables de cette mouvance. On commence avec l'homme dont Jean-Pierre Dionnet disait qu'il "reste le père fondateur de la BD rock en France"...

 

 

 

LA BD :

 

 

C'est quoi ?  INTEGRALE ROCK

 

 

C'est de qui ? Serge Clerc

 

 

La Couv’ :

Rock n' BD / Intégrale Rock Vs. The Drum is Everything

C'est édité chez qui ? Dupuis

 

 

Déjà lu sur B.O BD ? Non

 

 

Ca donne quoi ? Si les saintes 70’s peuvent nous évoquer une ère sur laquelle soufflait encore le vent de liberté apporté par Mai 68, saturée d’énergie électrique et de contre-culture pop, à Roanne, comme un peu partout en "province", ben il s’passe pas grand-chose !  Fan de science-fiction, de rock et de bande dessinée, le jeune Clerc trouve le temps bien long et les distractions bien rares. Enfermé dans sa chambre avec les deux seuls copains "branchés" de son lycée, il se repasse inlassablement, sur une chaîne stéréo  achetée à prix d’or,  les deux ou trois albums des Doors ou de Clearwater Revival qu’il a pu dégoter chez l’unique disquaire de la ville, et dévore les derniers numéros de Rock & Folk et Métal Hurlant. Rock et bande dessinée, une association d’idées magique… que le jeune homme tente déjà de concrétiser par le biais d’un fanzine au titre prophétique : Absolutly Live.

 

 

75, année fantastique… Serge Clerc a dix-sept ans, à peine plus que Rimbaud quand il effectua sa première fugue, depuis la morne Sedan, pour gagner la capitale : coup sur coup, L’Echo des Savanes, Métal Hurlant et Rock & Folk acceptent de publier plusieurs de ses dessins ! Un an plus tard, il quitte le lycée, sa province où, de toute façon, "il n’y avait rien à la télé" et part s’installer à Paris. La vie, de bohème, peut enfin commencer. Le portrait du jeune Roannais en artiste du 9e art se dessine inexorablement. Clerc poursuit sa collaboration avec R&F et Métal où il finit par rencontrer Philippe Manœuvre. Cet autre Rastignac (il vient de Saint-Ménéhould, patrie… des pieds de porc panés) se fait Vautrin pour initier le Ligérien aux mœurs parisiennes. Il l’aide également à canaliser sa création artistique laquelle s’oriente de plus en plus, par le biais notamment de sa série Rock City, vers l’illustration d’une scène rock alors en pleine effervescence.

 

 

Clerc profite de son temps libre pour fréquenter bibliothèques, salles obscure et librairies spécialisées en bande dessinées (l’incontournable Futuropolis). L’érudit rock se construit une culture alternative, qu’il réinjecte dans ses dessins. Son horizon professionnelle va bientôt s’ouvrir et franchir le Channel,  lorsque Neil Spencer, rédacteur en chef du New Musical Express (le NME), l’un des piliers de la presse musicale anglaise, lui propose de travailler pour lui. Parallèlement, il suit Manœuvre dans ses interviews pour Rock & Folk, côtoie le haut du panier de la scène musicale du moment, (Clash, Cramps, Blondie…), rencontre les Stones… Autant de matière brute qu’il réinvestit dans ses récits de La Légende du rock’n’roll

 

Au bout de dix ans, après la consécration d’une exposition qui lui est dédiée à New York, la verve s’épuise. S’il répond encore aux commandes de Carmel, Joe Jackson, Kid Creole ou des Fleshtones pour des affiches et des pochettes d’albums, Serge Clerc en a soupé du rock. Il veut se consacrer à la bande dessinée grand format (Meurtre dans le phare, 1986) et à ses enfants. Après une semi-retraite anticipée d’une quinzaine d’années, le dessinateur reviendra vraiment aux affaires en 2003 avec la mise en chantier de son Journal, autofiction graphique magistrale publiée cinq ans plus tard, dont on vous reparlera certainement.

 

Intégrale Rock constitue un écrin monumental pour apprécier à sa juste valeur l'évolution du travail de Serge Clerc. Passée une brève, mais éclairante, introduction du journaliste Christophe Quillien, le pavé édité par Dupuis laisse toute sa place et ses pleines pages à plus de trente ans de création, depuis ses premières illustrations, sous haute influence moebisusienne, jusqu'à l'épure progressive d'une ligne claire redoutable. Avant d'être un grand dessinateur de bande dessinée, Clerc est surtout un illustrateur et un touche à tout de génie dont chacune des oeuvres se scrute avec la méticulosité qu'on accorde aux enluminures médiévales. A ceci près que rockers et groupies ont remplacé moines et évêques et que le tracé idéal des antiques chasubles et autres robes de bure s'applique désormais aux plis des pantalons à pince ou des perfectos. Preuve que Rock n' BD constituent les nouvelles religions de notre temps et qu'elles ont trouvé, en Serge Clerc, l'un de leurs plus brillants apôtres.       

 

 

 

 

 

LA MUSIQUE

 

 

 

C'est Quoi ? THE DRUM IS EVERYTHING

 

 

C'est de Qui ? Carmel

 

 

La couv' 

 

 

Déjà croisé sur le site ? Non

 

 

On peut écouter ?

 

 

Ca donne Quoi Derrière une pochette délicieusement rétro, signée Serge Clerc (forcément !), se cache un des albums les plus marquants de ce trio anglais qui eu l’idée incongrue, mais géniale, de former un groupe de jazz-blues en plein ère post-punk. A bien y réfléchir, ce retour à une orchestration simple et dépouillée (batterie, contrebasse, congas) n’est pas si éloigné de la démarche artistique défendue par les autres tenants d’une new wave minimaliste. Brian Eno ne s’y trompera pas, qui coproduira en 1986, le sublime album Falling. Portée par la voix inspirée - au sens littéral, et presque biblique du terme - de sa chanteuse Carmel McCourt, Carmel livre un jazz-pop-cabaret des plus séduisants, mâtiné de soul,  de gospel et parsemé de quelques standards du blues. Le compagnon de lecture idéal pour L’Intégrale Rock avec, bien sûr, deux ou trois verres de gin tonic !                              

 

 

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Une chronique de Lio

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