12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 17:14

 

 

Quelle meilleure conclusion pour un cycle Rock que l'évocation du mythique Métal Hurlant, revue à nulle autre pareille que même les States nous ont piqué.

 

 

 

La revue des rêves perdus

 

 

Quel est le point commun entre : Moebius, Philippe Druillet, Richard Corben, Jean-Claude Gal, Romain Slocombe, Alexis, Gotlib, Nikita Mandryka, Jacques Tardi, Enki Bilal, Caza, F’murr, Jean-Claude Forest, Yves Got, Jacques Lob, Paul Gillon, René Pétillon, Francis Masse, Serge Clerc, Frank Margerin, Dominique Hé, Chantal Montellier, Michel Crespin, Denis Sire, Vaughn Bodé, Al Voss, Sergio Macedo, François Schuiten, Daniel Ceppi, Hugo Pratt, Luc Cornillon, Yves Chaland, Jeronaton, Alejandro Jodorowski, Tramber, Jano, Loustal, Dod, Ben Radis, Jean-Louis Floch, Jacques Terpant, Arno, Max, Pierre Ouin, Didier Eberoni, Philippe Glauckler, Beb-Deum, Pierre Clément, Charles Burns, Silvio Cadelo, Laurent Theureau ou encore Michel Pirus ?

 

Ils ont tous, à un moment de leur carrière, vendu leur âme à.... 

 

 

En janvier 1975, quatre Humanoïdes Associés - un critique érudit transfuge de Pilote, deux dessinateurs de génie et un homme d’affaire - désireux de prolonger l’expérience de publication initiée quelques mois plus tôt, avec la fondation de leur propre maison d’édition, lancent une revue trimestrielle de science-fiction. Avec son titre rutilant ô combien évocateur, forgé par le dessinateur Nikita Mandryka (futur créateur de L’Echo des Savanes), la fusée Métal Hurlant est propulsée dans la stratosphère d’une presse francophone, alors en pleine ébullition.

 

Publiant dans un premier temps les œuvres des deux pères co-fondateurs, Druillet et Moebius, Jean-Pierre Dionnet met également en avant un artiste américain dont les travaux ont déjà connus l’honneur d’une publication française, trois ans plus tôt, dans les pages d’Actuel, un certain… Richard Corben. De son côté, le rédacteur en chef s’investit en tant que scénariste inspiré dans une collaboration avec le talentueux Jean-Claude Gal : Les Armées du Conquérant.       

 

Dès ce premier numéro maquetté par Etienne Robial, dont le bébé Futuropolis, conçu avec Florence Cestac, vient juste de venir au monde… de l’édition, l’esprit Métal est forgé. Il ne fera que s’affirmer par la suite, pour transformer la revue en un véritable accélérateur de particules créatrices dans lequel se percuteront dessinateurs chevronnés, nouveaux talents et artistes étrangers.

 

En 1976, l’arrivée du co-pilote Philipe Manœuvre, amicalement prêté par l’équipage de Rock & Folk, va permettre de concentrer l’essence rock qui percolait déjà dans les pages ultra graphiques et les diverses chroniques littéraires et musicales, pour mieux le réinjecter dans le moteur de la Machine à rêver… non sans connaître quelques explosions en cours de route.

 

 

Par la suite, Métal Hurlant donnera naissance à plusieurs versions étrangères, dont un pendant américain (Heavy Metal) qui se détachera rapidement de son modèle, ainsi qu’à quelques tentatives de revues parallèles (Zoulou, Rigolo !, Métal (Hurlant) Aventure) dont aucune ne perdurera. Délaissé par Dionnet et Manœuvre, attirés par les sirènes du PAF, Métal entamera un lent déclin, à partir du milieu des années 80, qui le mènera, en juillet 1987, plombé par des finances mal en point, au terme de son voyage extraordinaire.

 

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Le Livre Sans Images / Métal Hurlant (1975-1987) : La Machine à rêver

Il y a un peu quelque chose du Rashomon de Kurozawa dans Métal Hurlant (1975-1987) : La Machine à rêver, élaboré pendant plus de dix ans par Gilles Poussin et Christophe Marmonnier. Plutôt que de livrer un historique plan-plan de la revue, leur ouvrage se présente comme une somme de témoignages, regroupés selon diverses thématiques. Donnant la parole à tout le casting qui a participé, de près ou de loin, à l’aventure, mais également aux épouses, secrétaires d’édition et de direction, à la maquettiste, l’attachée de presse, l’imprimeur, les actionnaires, le directeur artistique… j'ai oublié personne ?!... les deux journalistes permettent ainsi à chacun de reconstruire et d’interpréter comme il le sent l’odyssée éditoriale d’un OVNI culturel français. Au-delà de cet effort à l'exhaustivité exemplaire, ils ressuscitent également une époque d’intense ébullition et de liberté artistique qui paraît lointaine aujourd’hui… très lointaine. 

 

Comme le résume très bien Mandryka (la boucle est bouclée) : « Ce n’est pas Métal qui est mort, c’est une époque. […] Nous sommes peu à peu rentrés dans une nouvelle phase de l’histoire de la BD, la phase industrielle. Là, c’était vraiment fini, il n’y avait plus de raison de vivre, place aux albums dans les supermarchés, exit les journaux ! ». La mise en hibernation récente de Aaarg !, tentative réussie de renouer avec l’esprit défricheur et irrévérencieux de Métal, lui donne malheureusement raison et vient confirmer, si besoin en était, que nous vivons toujours dans cette triste ère glaciaire de l’industrialisation culturelle.     

 

 

 

Evoquons, pour conclure, cette ère bénie avec un extrait de l'émission L'Impeccable dans laquelle un Dionnet et un Manoeuvre, très fringants, font parler le regretté Yves Chaland de ses amours franco-belge. Séquence émotion ! 

 

 

 

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Une chronique de Lio

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