6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 13:28

 

 

 

Lorsqu'il amasse des malles d'informations pour les besoins d'un projet (en l'occurence From Hell), Alan Moore ne se contente pas de les archiver dans son grenier. Le scénariste préfère les exploiter dans le cadre d'une série d'aventure furieusement déjantée, qui se veut un vibrant hommage au feuilletons et autres romans d'aventure populaires de la Belle Epoque. 

 

 

 

Les Trois, Quatre, Cinq, Six...Mousquetaires.

 

 

 

 

 

Le Comics :

 

 

Reprendre des personnages de la littérature fantastique du XIXème siècle aussi célèbres et divers que l'Homme Invisible, Dr Jekyll et son double maléfique Mr Hyde, Mina Harker (du Dracula) de Bram Stoker, le capitaine Nemo de Jules Verne et l’aventurier Allan Quatermain de Henry R. Haggard, pour mieux les détourner et les unir en une équipe improbable de guilde secrète au service de sa Majesté la Reine d'Angleterre, tel est le pari du vieux barbu Alan Moore.

Mais on connaît notre Sorcier/Scénariste, les personnages sans failles ne l’intéressent pas. Ainsi, Jekyll est un timide docteur se métamorphosant en monstre de 4 mètres psychopathe et incontrôlable, le capitaine Nemo est un hindou qui travaille sous la contrainte pour l'empire britannique en mettant à disposition son fantastique submersible, Quatermain est un vieil aventurier déchu, accro à la cocaïne et l'Homme Invisible met à profit son don pour assouvir ses pulsions sexuelles en toute impunité.

Seule Mina Harker, divorcée de Jonathan et clairement traumatisée, tente d'imposer une cohésion, malgré sa condition de femme sous l'ère victorienne, tout en cachant son lourd passé.
 

 


Alan Moore décrit un univers steampunk des plus réussis où espionnage, humour, action et références sexuelles se côtoient à travers des dialogues soutenus des plus croustillants, le tout porté par les traits anguleux, mais précis, d'un Kevin O'Neill s'émancipant de plus en plus de la dictature DC Comics, après un Marshall Law qui restera dans les annales.

 

Tout en rendant hommage aux "feuilletons" victoriens de la littérature populaire, Campbell et Moore créent un divertissement d'une grande richesse, plus léger que V for Vendetta ou Watchmen, mais clairement déviant et à destination des adultes...

 

 

 

 

Le "matériel" est si facilement pétrissable que le duo se reformera pour offrir de nouveaux cycles bien plus barrés avec le Black Dossier et Century, mais ceci est une autre histoire...

 

 

 

 

 

Le Film :

 

 

 

 

Hollywood a longtemps tourné autour des comics d'Alan Moore avant de les adapter pour le grand écran. Bien mal leur en a pris. En effet même s’il était probablement plus simple pour la Fox d'adapter LXG qu'un V for Vendetta ou Watchmen, ils n’en n’ont pas moins raté le coche (pour faire dans l’euphémisme).

 

En prenant le parti d'expurger toute connotation sexuelle ou ironique et de lisser les personnages (adieu les vices et les aspérités de chacun), le scénario dénature fortement une Ligue où viennent même s’ajouter un Tom Sawyer plus parlant au public américain et un Dorian Gray fort mal employé.

 

Pourtant auréolé du succès critique et public de Blade (première véritable incursion réussie de Marvel sur grand écran bien avant le Spider-Man de Raimi), Stephen Norrington subit les pressions du studio qui lui impose un scénario inepte et d'un Sean Connery cabot (crédité comme co-producteur de la "chose", ce qui explique sans doute l'importante réécriture de son personnage) qui sortira extrêmement déçu de l'aventure puisque LXG reste sa dernière apparition sur grand écran.

 

 

 

Malgré tous ces défauts et un montage chaotique, dont même un oeil peu averti décèlera aisément les coupes et raccords guères subtils, le film se révèle parfois divertissant comme pouvait l’être une série B des années 80, certains effets spéciaux et décors étant par exemple plutôt réussis. Le manque d'ambition narrative, comme l’irrespect du comics prouvent à quel point le studio n'a rien saisi de l’oeuvre originale de Moore et O'Neill, n'ayant voulu utiliser que leurs noms pour glaner quelques billets verts supplémentaires.

 

 

 

Nanar de luxe divertissant sans être ambitieux, le film peut plaire à qui n'aura pas lu le comics, les autres pourront s'en passer aisément et se rabattre sur l’intéressante série TV Penny Dreadful, sorte de LXG déguisée et bien plus dans l’esprit du comics, voir tenter de relire le cycle Century qui, avec ses références à n’en plus finir,  donnera autant de migraines que le découpage des scènes d'action de Papy Connery dans la Ligue version ciné.

 

 

La B.O :

 

 

 

Après sa participation à deux films mineurs - Crossroads, l'unique film de Britney Spears (quel dommage !) et Star de père en fille (euh...) - Trevor Jones revenait enfin à la compo d'une oeuvre potentiellement bankable, la dernière en date étant... From Hell des Frères Hughes.

Force est de reconnaître que son travail est largement plus abouti que le film qu'il prétend servir (et que, on l'a vu, sa partition pour l'adaptation sus-citée). Mais est-ce vraiment surprenant de la part de l'homme qui a écrit les musiques d'Excalibur (sauf quand c'est Wagner ou Orff), Dark Crystal, Le Dernier des Mohicans ou encore Dark City ? Puissante, ambitieuse, classique (dans le bon sens du terme), et surtout en parfaite adéquation avec l'esprit épique et aventureux de l'univers qu'elle est supposée illustrer, cette BO suit finalement une démarche radicalement opposée à celle adoptée par les producteurs de LXG. L'effort est louable et mérite largement qu'on y prête une oreille attentive (par exemple pour accompagner la lecture du comics de Moore et O'Neill), mais n'est pas suffisant pour faire oublier toutes les scories du film de Norrington surtout qu'elle y a été utilisé à fort mauvais escient. On ne change pas le plomb en or... en tout cas pas avec une simple baguette de chef d'orchestre.      

 

 

 

 

 

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Une chronique de Jet & un coup de pouce de Lio

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